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 « La Vie Moderne » ! C'est par antiphrase que Raymond Depardon intitule son documentaire intimiste sur quelques familles de paysans pauvres des Cévennes. Sinon, il faudrait l'appeler « La fin des paysans » en reprenant le titre de l'essai déjà cinquantenaire d'Henri Mendras. En effet, le thème n'a rien de nouveau. Le monde rural qui meurt, celui surtout des petits paysans âgés de moyenne montagne, n'est pas celui des grandes exploitations prospères et en partie subventionnées par l'Europe Verte.

« Au commencement, il y a ces routes. Au bout des routes il y a des fermes » nous confie le réalisateur, en voix hors-champ, tandis que par un long travelling nous avançons dans la campagne cévenole avant d'arriver dans une première ferme. Quatre-vingt minutes plus tard, c'est un travelling arrière qui nous fera repartir de ces lieux abandonnés par la vie moderne, mais dans la lumière splendide d'une fin d'après-midi estivale.

N'attendez pas de ces conversations de Raymond Depardon avec des paysans qu'il connaît depuis des années des découvertes importantes dans l'ordre de l'économie ou de la politique agricole. Aux questions posées, ces vieux couples, ces vieux célibataires, répondent de manière toute laconique, souvent par des monosyllabes, filmés dans leur cuisine, devant une tasse de café. La parole des plus jeunes n'est pas nécessairement plus prolixe et venir s'installer ici, en provenance d'une autre région, c'est sans doute courir à l'échec. D'ailleurs les enfants du pays sont partis vivre leur vie sous d'autres cieux et l'on sent bien la dépopulation du "rural profond" comme disent les statisticiens et les géographes. Le réalisateur, qui est lui-même originaire de la campagne, a soigneusement évité de laisser entrevoir les signes de la modernité :  tracteur neuf, ferme restaurée en gîte rural, résidence secondaire neuve. Pourtant il y en a dans ces cantons cévenols.

Pour survivre ici, «il ne faut pas aimer son métier, il faut être passionné » affirme de manière très convaincante l'un des frères Privat du haut de ses 80 ans passés. En plus de la passion, sans doute faut-il ajouter une belle volonté de résistance, comme celle des Camisards de jadis, dont on célèbre toujours les exploits du côté de Pont-de-Montvert.

La vie moderne
Film de Raymond Depardon

2008 - 80 min. - Prix Delluc 2008
 
Tag(s) : #AU CINEMA