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De la terre aride, desséchée, improductive. Des êtres frustes. Des paysans pauvres.

Dans la préface, J.M.G. Le Clézio situe l'œuvre de Rulfo dans l'histoire du Mexique : la guerre des Cristeros qui a ensanglanté le sud du pays dans les années 1924-1929 suite à la décision du gouvernement révolutionnaire de fermer les églises, créant ainsi un soulèvement populaire comparable à celui de la Vendée de 1793, et réprimé pendant des années.

17 nouvelles. La plus longue donne son titre au recueil. Juan Rulfo décrit la misère de la terre et la misère des hommes. Il peint la violence de la nature, sur le Llano Grande, et la violence de ses habitants. Son style rude fait songer au plus rude de Giono. Avec des suppliciés qui pendent aux arbres après le passage de troupes qui ne font pas de prisonniers. C'est que certaines nouvelles mettent en scène les cristeros dont il est aussi question dans l'unique roman de Juan Rulfo : "Pedro Parama".

Ainsi dans "Le Llano en flammes" le narrateur évoque une bande de Cristeros réunie par Pedro Zamora et des accrochages contre les troupes du gouvernement. « Quelques jours plus tard, alors que nous passions à gué l'Armeria, on est encore tombés sur Petronilo Flores. On a fait demi-tour, mais trop tard. C'était comme s'ils nous fusillaient. Pedro Zamora a pris la tête en partant au galop sur ce tout petit étalon roux qui est la meilleure bête que j'aie jamais connue. Et on a filé derrière lui comme des moutons, couchés sur l'encolure des chevaux. N'empêche que la tuerie a été terrible.»

"Le jour du tremblement de terre" ne décrit pas les ruines d'un village, ne compte ni les morts ni les blessures de ses habitants. Seulement la visite du gouverneur, et l'occasion de boire un peu trop entre hommes. Et aussi de découvrir qui est le type sur la statue au centre d'El Pochote. Une personne qui accompagnait le gouverneur a fait un discours : «C'était évident qu'il s'y connaissait. Il a parlé du Juarez dont on avait élevé la statue sur la place, et nous, on l'a su seulement à ce moment-là que c'était la statue de Juarez, parce que jamais personne n'avait pu nous dire qui était cet individu perché sur le monument. On avait toujours pensé que ça pouvait être Hidalgo ou Morelos ou Venustiano Carranza, parce qu'à chaque anniversaire de l'un ou de l'autre on leur faisait là un sacré cirque. Jusqu'à ce que ce gandin vienne nous dire que c'était don Benito Juarez. »


Dans la nouvelle intitulée "Anacleto Morales" le narrateur se plaint de voir monter jusqu'à sa ferme un groupe de femmes en noir venues d'un village de la plaine. Elles veulent faire reconnaître la sainteté dudit Anacleto et pour cela elles viennent chercher son gendre. Il temporise, il cherche à les scandaliser, pour qu'elles repartent sans lui. Ce qu'elles feront les unes après les autres. Mais la dernière à partir reconnaîtra qu'Anacleto faisait l'amour mieux que son gendre. Un aveu qui pourrait fâcher le narrateur si celui-ci ne l'avait déjà tué et enterré.

Tragique, c'est l'impression dominante. Mais il ne faut pas s'en priver. Ce recueil est un chef-d'œuvre à consommer sans modération.

Juan RULFO
Le Llano en flammes

Traduit de l'espagnol par Gabriel Iaculli
Gallimard, "Du Monde entier", 2001, 169 pages. (Réédition Folio en 2003)

• Juan Rulfo est aussi un photographe mexicain réputé. Une sélection de ses clichés a été publiée  et une exposition s'est tenue à la Maison de l'Amérique Latine en 2002-2003.

                      Source : http://www.photoeye.com/

 

Tag(s) : #AMERIQUE LATINE, #MEXIQUE