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Après "La Femme sans sépulture" ce roman d'Assia Djebar brille d'abord par son étrange titre, son titre choc. On y reviendra. Nous sommes au début des années quatre-vingt-dix. Choqué par l'éloignement de Maryse après dix années partagées, Berkane décide de prendre une retraite très anticipée : il rentre en Algérie et s'installe dans une villa au bord de la mer, partagée avec l'un de ses frères, journaliste. C'est donc un roman sur le retour au pays natal. Avec ce qu'on en attend de joie de la redécouverte, mais aussi de mélancolie, et parfois de déception.

Berkane s'installe donc au village et c'est d'abord la joie de la redécouverte. Mais l'expédition à Alger pour se retremper dans l'atmosphère particulière de la Casbah de l'enfance et de l'adolescence crée une déception : mal entretenue, la vieille ville se meurt. Elle n'a pas encore connu la "boboïsation". Comme on s'y attend, Berkane oublie Maryse entre les bras de Nadjia, lors d'une parenthèse algérienne dans son exil italien. L'un et l'autre se confessent une partie de leur passé. Nadjia lui ouvre les yeux sur le discours agressif des barbus. Pourtant Berkane n'envisage pas de la suivre. Plus tard, peut-être…

De nouveau seul, Berkane entreprend d'écrire sur sa vie de jeune Algérien, au temps de la guerre d'indépendance. Et puis il disparaît sur une route des environs d'Alger, alors qu'il se rendait sur les lieux qui l'avaient vu prisonnier de l'armée française en 1962. À la même époque, Driss, son frère journaliste « ami de Tahar Djaout assassiné trois mois auparavant », doit se cacher pour éviter de devenir la cible des barbus. La disparition de Berkane — qui rédigeait ses souvenirs en français — va bouleverser Maryse qui s'en veut d'avoir provoqué la fuite au Sud de Berkane. Et Nadjia ?

Ce "beau roman" illustre les qualités d'écriture d'une auteure reconnue comme l'une de nos meilleures prosatrices. Par delà les souvenirs tragiques de 1961-1962, nous est montrée la difficulté d'être à la fois d'ici et d'ailleurs quand la barbarie s'empare d'un pays. De même, il y a cinq-cents ans, Juifs et Morisques avaient quitté l'Espagne catholique en proie à une crise de "pureté" raciale et linguistique. Telle est la comparaison que fait l'auteure. Après 1992, en Algérie, pour les intellectuels francophones, c'était aussi "la valise ou le cercueil". 

Assia DJEBAR  : La disparition de la langue française

Albin Michel, 293 pages, 2003. Également en Livre de Poche.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE, #ALGERIE