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Avec son illustration dédiée aux produits "Fisher Price" la jaquette du nouveau livre de Claire Castillon nous fait directement entrer dans la vie d'une famille avec des enfants, celle dont est issue la narratrice — mais ça on ne le comprend pas tout de suite. Il faut que le lecteur se fatigue un peu avec la situation d'énonciation vu qu'il se repose avec le style.

Il y a donc le vieux, la vieille (entendez : les grands parents), le père, la mère, les enfants, également désignés sans prénom et apparemment ils sont trois : la sœur, le frère et la sœur. Donc deux sœurs : l'une est la petite et quand elle a grandi elle est devenue la narratrice. Elle écrit des livres. Elle a un compagnon : c'est l'âne. Un sobriquet qui suppose des fautes de goût que l'on découvre page après page, jusqu'à cet usage du GPS pour trouver le chemin de la maison des parents « au lieu de se repérer dans les rues, au ciel et au flair, comme un homme.» À la fin, elle le met à la porte, avec prière de reprendre le piano, pour le remplacer par « l'homme à la pomme d'Adam » qui est en fait l'homme à la moto, mais il s'avère pire et se fera virer idem. L'enfer, quoi. Pourtant les rêves, surtout ceux des filles et des femmes, étaient beaux : amour, voyage, bonheur. Et la narratrice veut échapper au réveil triste.

On a déjà lu bien souvent ces histoires de couples qui se font et se défont, ces familles qui se déglinguent et où ça tourne en jus de boudin. Mais ici, personne n'en ressort indemne et tous iront en enfer. La première fissure dans la belle composition est historiquement la tentative du "vieux" sur la bonne et tourne à l'entrée de la "vieille" en maison de retraite. La suite n'est pas triste. Et la petite devenue grande vous raconte tout avec une sorte de joie perverse, elle vous adresse des sourires, mais en douce elle distribue les piques avec générosité. Des coups de bec à droite et à gauche. Une vraie bécasse. «La femme écrivain aime enfoncer le clou. Si on la touche, elle touche à son tour. Si on la pique, elle envenime, mais tout cela se passe en grande partie intérieurement.»

Dans cette histoire contemporaine Claire Castillon ne se borne pas à souligner les faiblesses des proches de la narratrice — « L'âne a sa petite tristesse après l'amour » — et à faire une distribution de coups de bec au Couple et à la Famille. J'en veux pour preuve cette réjouissante description cinglante des bobos :

    «La veille, j'ai passé une soirée chez ses amis, deux artistes pacsés vivant dans une usine réhabilitée en loft aux vitres anti-effraction, située dans un quartier chamarré qu'ils adorent, même s'ils ont choisi de scolariser leurs enfants dans un établissement privé et bilingue pour une question de commodité. Ils habitent une surface dite atypique, dont ils ont gardé les photos avant travaux, puis après le passage de l'équipe tellement efficace d'Ukrainiens. Une sans-papiers, excellente cuisinière qui les appelle par leurs diminutifs et apprend Happy birthday en arabe aux enfants, en nettoie chaque jour l'infinie surface, pour gagner sa nuit au sous-sol.» (Extrait, page 136)

Vas-y, Claire, continue ! et ne fréquente pas que les boutiques "Toys R'Us" pour t'inspirer !

Claire CASTILLON. Dessous, c'est l'enfer
Fayard, 2008, 229 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE