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❁ Dans « Sang Bleu » [Actes Sud, 1994]  Attys, la narratrice, évoquait l'enfance, la mère, les premières amours, la passion pour le peintre Gnossis vénéré comme le champion du bleu, le tout dans un style fortement marqué d'onirisme. Pour son deuxième récit publié, Zoé Valdès a changé de perspective au profit d'une écriture nettement plus directe. Son héroïne, Patrie, née comme elle à La Havane, le 2 mai 1959, mène une vie insouciante placée sous le double signe de l'abondance de sexe et de la pénurie économique.

« Elle vient d'une île qui avait voulu construire le paradis.» — Cette phrase ouvre et ferme le récit de Patrie qui a pris le nom de Yocandra. Deux figures masculines dominent : le Traître et le Nihiliste, accompagnées de deux figures de l'absence, pour cause d'émigration : le Lynx réfugié à Miami et Gusana l'amie enfuie à Madrid où elle s'ennuie. Passé le coup de foudre, le Traître n'est qu'un macho qui se prend pour un écrivain, ou un philosophe, et couvre les pages blanches de son impossibilité d'écrire. Le Nihiliste est un artiste et un amoureux passionné qui entraîne la narratrice à des confessions pornographiques. L'un et l'autre finiront par découvrir la raison de leur surnom par la bouche même de Yocandra.

Responsable d'une revue littéraire, la narratrice du « Néant Quotidien » est aussi une Cubaine dénonciatrice du régime et de la société castriste à commencer par la figure du Père, champion de la canne à sucre, et casseur d'œuvres d'art quand la famille s'installa dans la maison d'un artiste exilé. Toutes les pénuries sont bonnes pour dénoncer les gabegies et les incompétences du régime. Par mille formules piquantes ou assassines, — « le galbe d'un cul ne résiste pas au bombardement des haricots » — l'auteure excelle dans la peinture d'une société sous la contrainte du rationnement, condamnée aux petits trafics et aux pires expédients.

Zoé VALDÈS : Le néant quotidien
Traduit par Carmen Val Julian. Actes Sud / Leméac, 1995, 142 pages (Réédition : "Babel")
 
Tag(s) : #AMERIQUE LATINE, #CUBA