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Samuel Joseph Agnon est né en 1888 sous le nom de Shmuel Yosef Czaczkes, à Buczacz en Galicie autrichienne (auj. en Ukraine). Il apprit jeune à lire en hébreu et en yiddish. Ayant émigré en Palestine en 1908, il choisit Agnon comme pseudonyme littéraire dès ses premières publications. Deux ans plus tard, en 1926, il écrivit "Au coeur des mers" (Bilvav Yamim). En 1966, il devint le premier lauréat israélien du Nobel de littérature, prix qu'il partagea avec Nelly Sachs, une poétesse allemande réfugiée en Suède. S.J.Agnon est mort en Israël en 1970 et parmi ce qu'il a écrit, peu a été publié en français en dehors de ce conte et d'À la fleur de l'âge (Gallimard, 2003). Pour en savoir plus sur S.J.Agnon, au lieu de Wikipedia, voir cette page web en anglais.
Dans ce conte, un groupe de juifs très pieux quitte Buczacz, la ville natale d'Agnon, pour la Terre Sainte. Dès l'incipit le choix du départ a été fait ; les partants sont rejoints par Hananiah, une sorte de juif errant, avec pour tout bien un modeste baluchon. Il y a rabbi Moché, rabbi Salomon le Cohen, rabbi Samuel Joseph fils de rabbi Shalom Mardoché le lévite, rabbi Pessah, rabbi Joseph Meïr, rabbi Alter l'enseignant, rabbi Alter l'abatteur rituel, rabbi Judah Mendel le hassid. Et Leibush le boucher. Ils vendent leurs biens, coupent leurs racines villageoises et prennent deux voitures tirées par des chevaux, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes. On traversera des villes et des villages, des terres du Kaiser et des terres du Sultan, pour rejoindre l'embouchure du Danube et enfin s'embarquer à Istanbul pour Jaffa, sur un gros voilier qui essuiera une tempête, et sur ce bateau nos askhénazes feront connaissance avec des sépharades. Le groupe parti de Buczacz finira par atteindre Jérusalem et prier devant le Mur des Lamentations, «seul vestige de ce Temple qui faisait les délices de nos ancêtres (…) haut de douze fois la taille moyenne d'un homme, rappel des douze tribus.»
La bonne humeur préside au départ ; on fait la paix avec les habitants de Jazlowicz le premier bourg sur la route, qui offre «des gâteaux, des confitures et de l'eau fraîchement puisée». Le diable tente pourtant de faire capoter l'expédition en poussant nos voyageurs à descendre de voiture pour faire du commerce à Laskowice, mais la foi les guide. Le voyage est l'occasion pour le conteur de nous faire connaître les moeurs de sa communauté, les fêtes religieuses, les livres saints. On prie beaucoup, surtout quand la tempête se déchaîne sur la Méditerranée. On célèbre le shabbat. On cite la Thora, on rappelle la Loi, on discute selon le pilpoul, on étudie la Mishna qui dit qu'il existe dix niveaux de sainteté et que la Terre d'Israël représente le premier d'entre eux. Et en bien des circonstances les femmes auront eu l'occasion de se lamenter. 

Dans le contexte d'avant la Grande Guerre, cette aliya, cette montée vers Jérusalem est moins une aventure dans la géographie de l'Europe centrale et du Proche-Orient qu'un voyage dans la culture juive. C'est ce dernier point qui doit déterminer de lire (ou de ne pas lire) ce bref ouvrage d'un auteur mal connu en France.
Samuel Joseph AGNON. Au cœur des mers
Traduit par Emmanuel Moses, Gallimard, 2008, 164 p.


 
Tag(s) : #ISRAEL et MONDE JUIF