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Ce court roman noir traite des conséquences d'un hold-up qui a mal tourné : à court terme… et à long terme aussi. L'auteur, dont plusieurs titres ont déjà été traduits, principalement chez Métailié, aborde des thèmes toujours actuels dans notre société : la violence, la victime, la prison, la libération conditionnelle ou pour maladie. Et par contre-coup il donne à lire sur le pardon et la repentance, leur acceptation et leur refus.

Pour situer simplement les choses, on peut faire le tour des personnages du récit. Raffaello Beggiato est le jeune voyou qui, avec son complice Oreste Siviero, braque des bijoutiers. Pour couvrir leur fuite les criminels prennent deux otages et puis les tuent. Tandis que son complice parvient à s'échapper avec le butin, Raffaello est arrêté. Et quoiqu'il tente de faire peser la culpabilité des deux meurtres sur le complice qu'il ne donne pas, il se retrouve justement condamné à perpétuité. Les victimes, Clara et son fils Enrico, sont infiniment pleurées par un mari et un père inconsolables : Silvano Contin, dont la vie est brisée. Il change de métier et d'adresse mais sombre dans la mélancolie. Progressivement il cesse d'aller demander au commissaire Valiani des nouvelles de l'enquête sur le complice de Raffaello resté impuni. Mais toujours lui reviennent les dernières paroles de son épouse entrevoyant : «l'immense obscurité de la mort.»  Apparemment il n'y a aucun pardon possible du côté de Silvano, comme aucune repentance du côté de Raffaello.

Coup de théâtre. Tout pourrait rebondir quand, au bout de quinze années, le condamné se retrouve atteint d'un cancer particulièrement grave et qu'il fait une demande de libération pour son traitement, pensant aussi récupérer sa part du butin et aller se faire soigner et finir sa vie au Brésil. L'usage italien est que la partie civile soit contactée pour donner son avis. Silvano acceptera-t-il de donner au juge d'application des peines un avis favorable ? D'autres personnes vont aussi essayer d'influencer son opinion...

Outre une intéressante réflexion sur la justice, l'auteur nous livre un récit plein de rebondissements généralement inattendus qui ne peuvent que ravir le lecteur après une cinquantaine de pages d'exposition. Mais il y a mieux, c'est la structure narrative qui donne la parole à deux narrateurs qui alternent d'un chapitre à l'autre : Raffaello et Silvano évidemment. Cette solution technique permet de voir l'évolution psychologique des deux principaux personnages — et le lecteur n'est pas au bout de ses surprises ! Excellent.

Massimo CARLOTTO
L'immense obscurité de la mort

Points, 2008, 179 pages. [Éd. Métailié, 2006]


Tag(s) : #LITTERATURE ITALIENNE