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• Il s'agit d'un recueil de trois nouvelles qualifiées de "microromans" par l'éditeur et homogènes par un style sans fioritures.


Le premier texte, “Le Chevalier au faucon" est une histoire où l'on peut trouver à la rigueur
quelque plaisir de lecture. Le comte Ciano, gendre de Mussolini, s'est fait construire en Albanie une villa vouée aux rendez-vous galants qui est officiellement un pavillon de chasse. Cette austère bâtisse proche des marais a été réalisée par l'architecte Mohr. D'autres la croient destinée à être la scène d'un crime — celui du vice-roi ? celui du Duce ? À la première venue de Ciano, rien ne se passe, mais peu avant la fin de la guerre Ciano est fusillé en Italie. Un jeune homme, Bardh Beltoja, est tué en 1947 au cours d'une partie de chasse près de la villa. Au début du régime du dictateur Enver Hodja on y attendait la visite, en voisin, de Tito, mais il n'est pas venu et Milovan Djilas a pu déclarer : « Qu'est-ce qu'on dort mal ici !» ce qui explique tout. Bien plus tard, après la chute du régime communiste, le fils de l'architecte décédé fera une visite en hommage à son père. Sur la cheminée de la salle de réception, un tableau dont la copie a été achetée à un musée scandinave — c'est lui qui donne son titre à la nouvelle— aura disparu. L'intérêt du récit (?) est à chercher du côté d'un tatouage intime de la baronne Scorza, chère au comte Ciano, qui se fait traiter de voyou par son beau-père. Sans compter diverses anecdotes ayant cette villa pour résidence secondaire. 


Dans "Histoire de l'Union des Écrivains albanais telle que reflétée dans le miroir d'une femme", ne vous attendez pas à trouver tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'Union des Écrivains albanais. En un sens tant mieux ! Juste un moment de reprise en main qui éloigne le narrateur de la capitale alors qu'il mijotait une rencontre avec une prostituée de luxe. Le régime ferme aussi le dernier café privé. Une stricte austérité règne désormais sur le Pays des Aigles. Ça vous tente ?


Le dernier texte, "L'envol du migrateur", tourne autour de la soi-disant liaison d'un très vieux poète avec une jeune admiratrice. De cette liaison résulte la publication d'une plaquette au titre réjouissant : "Les visites de la demoiselle Ana G. dans ma tour". Pour en savoir plus, le narrateur se rend au fin fond de la province perdue, dans un autocar brinquebalant, par une route où les contrôles de police sont légion parce que le dictateur est en visite par-là aussi.

• Et si ma chronique vous incline encore à trouver du romanesque dans tout ça, je devrai vous mettre en garde contre… votre enthousiasme exagéré. 


Ismaïl Kadaré
L'envol du migrateur

Traduit de l'albanais par Jusuf Vrioni et Tedi Papavrami
Fayard, 2001, 176 pages.

 


Tag(s) : #EUROPE CENTRALE ET BALKANIQUE