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Olaudah Equiano naquit au Nigeria en 1745. Originaire du pays Ibo, il fut enlevé à 11 ans par des Africains chasseurs d'esclaves en même temps que sa soeur dont il fut rapidement séparé. Acheté 172 cauris par un artisan et revendu à plusieurs maîtres en l'espace de quelques mois, Olaudah a donc été d'abord un "esclave de case". Puis, à Bonny probablement, il fut embarqué sur un navire négrier pour la "Grande Traversée". Le désespoir des Noirs à bord du négrier est intense : malgré des filets destinés à les empêcher de sauter par dessus bord, deux hommes parviennent à se suicider. À voir à l'œuvre l'équipage anglais, avec un marin blanc fouetté à mort, le jeune ibo est effaré — «J'acquis alors la certitude que j'avais pénétré dans un monde de démons et qu'ils allaient me tuer » — et il avoue aussi sa peur d'être mangé par les Blancs. Arrivés à la Barbade, le moral n'est pas meilleur : de vieux esclaves montent à bord pour leur assurer qu'ils ne seront pas mangés. Cette crainte reviendra à l'occasion d'une trop lente expédition vers l'Angleterre, quand les vivres vinrent à manquer, comme dans cette vieille chanson où l'on tirait à la courte-paille pour savoir qui serait mangé...

Olaudah a eu la chance d'éviter quasiment le travail en plantation mais il a été le témoin de la violence subie par les esclaves. Il s'est surtout retrouvé au service d'officiers de marine. De passage en Virginie, un lieutenant de la marine anglaise, Michael Henry Pascal le rachète pour environ 40 £, un bon prix en 1757 pour un gamin de 12 ans. Rebaptisé du nom de Gustave Vasa, le narrateur va découvrir l'Angleterre et la neige, l'amitié avec un jeune Blanc, la "civilisation". «Le fait de voir que ces Blancs ne vendaient pas leur semblables comme nous le faisions me réjouit fort.» Un bémol cependant, ils passent à table sans se laver les mains ce qui choque notre jeune homme, de même que «la minceur évidente de leurs femmes.» La "civilisation" s'est aussi la découverte de la lecture — le livre qui parle — car des amies de son maître l'envoient un temps à l'école et à l'église. Notre héros se retrouve à bord d'un navire de Sa Majesté en Méditerranée (Guerre de Sept Ans). Sur le "Namur" il participe à des combats contre les Français puis au débarquement de Belle-Isle. Mais son maître devenu capitaine de vaisseau le vend à un collègue, etc.

Commence alors une vie d'aventures caraïbes au service d'un maître installé à Montserrat et aussi à Philadelphie. C'est un quaker du nom de Robert King. Pour ce commerçant et armateur, il sert d'homme de confiance ou de capitaine par intérim. Ceci l'amène à participer comme marin au trafic négrier ("une cargaison de vifs") et à fréquenter « Saint Eustache qui était un centre commercial commun à toutes les Caraïbes, à environ vingt lieues de Montserrat.» Les affaires sont plus ou moins bonnes : cependant il rachète sa liberté pour 40 £ et quitte son maître pour Londres où il travaille chez le Dr Irving, le précurseur du dessalement de l'eau de mer, et de ce fait, en 1773 il participe à l'expédition Phipps vers l'Arctique : au nord du Spitzberg jusqu'à 81° de latitude nord. En 1787, actif dans le milieu abolitionniste, il est nommé Commissaire de l'expédition anglaise qui doit réinstaller des Africains libérés en Sierra Leone, mais la corruption d'autres cadres de l'opération le pousse à s'en retirer au dernier moment et à rester en Angleterre. Il y mourut dix ans plus tard.

Le narrateur — qui semble avoir connu Ukawsaw Gronniosaw cet autre témoin de l'esclavage qui avait publié son autobiographie en 1774 — nous a fourni un témoignage vivant et intéressant qui nous emmène sur trois continents. Grandes idées et petits détails, voilà un livre qui contribue à la mémoire de la traite, de l'abolitionnisme et de l'aventure maritime. Parue à Londres en 1789, l'autobiographie d'Olaudah Equiano est à juste titre sous-titrée : Africain, esclave aux Caraïbes, homme libre. 1789 était il est vrai une bonne année pour parler de liberté.

Olaudah EQUIANO - La véridique histoire d'Olaudah Equiano par lui même. Traduit de l'anglais par Claire-Lise Charbonnier. Éditions Caribéennes, Paris, 1987,166 pages


  Les textes d'esclaves du XVIIIè siècle
à lire en anglais sur Internet 

Olaudah Equiano  (alias Gustavus Vassa)
The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano,
written by himself. (1789)

Ukawsaw Gronniosaw
A narrative of the most remarkable particulars in the life of James Albert Ukawsaw Gronniosaw, an African prince, written by himself. (1774)

Ottobah Cugoano
Narrative of the Enslavement of Ottobah Cugoano, a Native of Africa. (1787).

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Markus Rediker consacre un chapitre de son livre "A bord du négrier" à Olaudah Equiano, «la première personne à avoir beaucoup écrit sur le commerce des esclaves du point de vue de l'asservi.»

« Etait-il vraiment né en Amérique, comme il le prétendait? Ou bien plutôt en Caroline du Sud, comme le prétend le chercheur en sciences sociales Vincent Carretta, avant de s'inventer plus tard des origines africaines, afin d'affermir son autorité morale dans son combat contre la traite? (...) Si Equiano est né en Afrique de l'Ouest, alors il dit la vérité à propos de sa mise en esclavage et de son voyage sur le négrier — du moins la vérité sur ce dont il se souvient, avec toutes les modifications de perceptions qu'impliquent ses expériences plus tardives. Et s'il est né en Caroline du Sud, il ne pouvait savoir ce qu'il écrivait que grâce à la collecte des traditions et des expériences de personnes qui étaient effectivement nées en Afrique et qui avaient fait l'abominable Passage du Milieu sur un navire négrier. Dans cette hypothèse, Equiano est un historien oral, le gardien d'une mémoire commune, en quelque sorte le griot du commerce des esclaves...» (Extrait, page 165). — Ajouté le 02/01/2014.

 

Tag(s) : #TRAITE, #ESCLAVAGE & COLONISATION