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Il était une fois un petit banquier appelé O qui avait des amis enrichis dans les crimes de guerre et puis des amis gangsters qui blanchissaient l'argent du crime dans sa petite banque.

Le petit banquier était consterné d'avoir mauvaise réputation, car personne de connu dans le grand monde ne venait séjourner dans son île-château. Alors il entreprit de devenir lobbyist pour son beau pays.

Un jour le petit banquier s'adressa de par le monde aux amateurs de sumo et il en trouva un qui était aussi et par le plus grand des hasards le maire de la Ville-Lumière. Alors pour l'éblouir il ouvrit un compte à son nom dans sa Très Simple Banque et par miracle de l'argent y afflua.

L'amateur de sumo étant devenu shogun puis mikado dans son pays, les samouraï amis et ennemis cherchèrent à savoir pourquoi tant de courrier venait du petit banquier perdu dans son île et pourquoi leur shogun puis mikado y allait si souvent en vacances plutôt que dans le fort destiné à son séjour au bord de la Mer intérieure.

Alors le shogun puis mikado se fâcha tout rouge contre les samouraïs ; les uns retournèrent dans leur province, les autres disparurent de la circulation, aussi bien de la Ville-Soleil que d'un atoll lointain gouverné par un gars florissant qui était son admirateur depuis que les grands sorciers avaient tenté de pulvériser un îlot très lointain au-delà du périphérique.

Un poète de la cour et son scribe se répandirent en conjectures : était-ce vrai ? était-ce faux ? Dans leur souci de bien faire, ils allumèrent tant de contre-feux pour cacher la colère du mikado que le Grand Juge s'en alarma.

Cependant, dans un monastère connu pour ses palmipèdes sacrés, quelques bonzes spécialistes des mantras chiffrés partirent à la recherche des secrets du mikado et de son ami O — qui tout d'un coup ne se voyaient plus, peut-être à cause de toute cette fumée.

Ils se donnèrent beaucoup de mal, c'est certain. Mais, contrairement à l'usage, toutes les portes se fermèrent devant eux ! Revenus bredouilles et besaces vides, ils publièrent enfin un livre où il n'y avait rien que des pages blanches.


Nicolas BEAU et Olivier TOSCER
L'incroyable histoire du compte japonais de Jacques Chirac
Les Arènes, 2008, 256 pages.

 


Tag(s) : #LITTERATURE JAPON