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Unité de lieu. L'auteur-narrateur-héros des temps post-modernes est enseignant dans un collège parisien du 19è arrondissement, où tout le récit se déroule. Mais "intra muros" a un autre sens : entre les murs de la classe où évolue un échantillon très réaliste de collégiens bien contemporains. Avec du vécu, rien que du vécu. Avec toutes les inscriptions qu'il faut sur leurs T-shirts. Avec des prénoms de banlieue venus des trois continents.

Unité de temps. Le récit, beaucoup plus structuré qu'on ne le croît au début, couvre une année scolaire. Il est organisé par chapitres correspondant au nombre de jours de classe séparant les vacances, d'où les titres : 25, 28, 26, 27 et 30 qui additionnés forment les 136 jours ouvrables, les 136 jours de galère, les 136 jours à passer entre les quatre murs du collège. Le récit focalise sur ces jours héroïques, avec les cours, les incidents à répétition, les conseils de classe et ceux de discipline. Nous ne saurons malheureusement rien de précis des vacances du narrateur et très peu de celles des autres enseignants. On peut seulement espérer pour eux qu'il ne s'agit pas à chaque fois de séjours aux Trois Épis ou à Marcel-Rivière. 

Unité d'action. Le "one man show" didactique de l'actif narrateur qui s'évertue à enseigner le français. C'est-à-dire rectifier avant le brevet le régime hyperprolétarien du discours des potaches. “Entre les murs” nous dévoile une novlangue qu'on ne pratique pas à l'IUFM. L'apprenant -si l'on peut dire- est pleinement au centre du système, mais il y a des années-lumière entre l'apprenant et le reste de la galaxie! La syntaxe et le vocabulaire pratiqués ici sont plutôt éloignés de ceux que prônent rédacteurs de programmes, inspecteurs généraux et autres pédagogues syndiqués. À la vérité, cette novlangue n'est pas sans charme, il s'en dégage une sorte de poésie sans afféterie, sans préciosité inutile. Vraiment.

“Entre les murs” est ainsi une sorte d'enquête sociologique. Outre l'autoportrait de l'auteur sanctifié en pédagogue, le livre nous dessine en une galerie des prénoms "gaulois" un aperçu du corps enseignant, souffrant, protestant, gueulant, dégueulant, ou pétant les plombs… Quelques intervenants extérieurs aussi font monter la tension dans le microcosme : parents paumés, non francophones, ou colériques. Au-dessus de tous ces acteurs, tel un souverain solaire et ironique, mais docte et juste, règne le Principal, soucieux du bon écoulement du flux en aval vers l'estuaire du second cycle.

• Un livre indispensable, à lire avant de réussir les concours !

François BEGAUDEAU. Entre les murs. Verticales, 2005, 270 pages

 

Et le film de L. Cantet ?  : disons tout de suite qu'on n'y trouve pas toute la richesse du livre dont il s'inspire, tant s'en faut. Le rythme du récit a été gommé puisque disparaît le "cérémonial" de chaque rentrée ou reprise après les congés successifs. Le malaise des enseignants est aussi à moitié passé à la trappe. Quant à Marin, le professeur de français — rôle joué par Fr. Bégaudeau — il paraît souvent fragile et mal inspiré en navigant du persiflage devant ses élèves de 4ème à la démagogie pendant les conseils de classe et à l'attitude insipide face aux parents. Je n'avais pas été sensible à cela en lisant son livre.
• La victoire morale revient finalement à Esmeralda : non, la "République" de Platon ce n'est pas une lecture de pétasse !





 

 

Tag(s) : #EDUCATION, #LITTERATURE FRANÇAISE