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Ce nouveau roman de Léonora Miano diffère nettement des précédents. Peu de descriptions, de rares dialogues ; beaucoup de longs passages rapportent au style indirect les pensées ou les paroles des personnages : on plonge dans leur conscience. Ce texte épais et touffus où la réflexion et l'analyse priment sur l'action rappelle l'ancien roman à thèse. C'est l'interpellation de la conscience noire qui en constitue l'intérêt et l'originalité.

Il se structure autour de références musicales : chaque partie porte le titre d'un morceau de jazz ou d'une chanson où s'exprime le mal être noir. Une voix "off" – la pythie selon l'auteur – tient le rôle du chœur antique, encadrant les cinq parties de la Tragédie, celle du peuple noir.

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Sur le devant de la scène évoluent trois trentenaires idéalistes radicaux. Amandla, née dans un territoire d'outremer, porte en elle depuis l'enfance l'histoire du Continent Noir, le centre du monde où apparurent les premiers hommes, où naquirent les grands pharaons. L'Afrique est la Terre Mère, l'origine de l'espèce humaine. Cette jeune femme rasta vit à Babylone – connotation de Paris – d'un contrat assisté chez un éditeur ; militante au sein de la "Fraternité Atonienne"  elle prône la nécessité du retour sur la terre "kémite" – noire – c'est là qu'un soir Amok et Shrapnel viennent l'écouter. Le premier a volontairement rompu avec sa famille, riche et renommée en Afrique. Misanthrope dépressif et nihiliste, télé-opérateur dans un centre d'appel parisien, il vit de peu, n'a aucun projet de vie, aucun ami si ce n'est Shrapnel depuis leur commune jeunesse au pays. Shrapnel rêve, lui, de réunir les Noirs de la diaspora mondiale. Instable dans ses emplois comme dans ses amours, son attirance pour les blondes le met en porte-à-faux avec son idéal. Amok apprend un jour la mort de son ami. C'est à lui de ramener sa dépouille en terre africaine. Amandla accepte de l'accompagner. Tous deux, de retour à Paris, se séparent. La jeune femme cultive l'intention d'un retour définitif au sein de la Terre Mère.

Cette mince intrigue renforce les caractères des personnages : tous trois souffrent de la même blessure originelle ; à jamais apatrides, inhibés par leur couleur, ils ne vivent que de rêves, d'engagements verbaux, mais restent incapables de s'investir dans une action. Trois astres, trois porteurs d'une lumière ; mais déjà éteints, car à jamais velléitaires. Par le jeu du double regard, au racisme latent des Blancs, répond le désir de la diaspora de se blanchir. La couleur emprisonne les Noirs et n'engendre aucune solidarité même lorsqu'ils retournent en Afrique : ces "nordistes" méprisent les "natives" qui les haïssent et les assimilent à des Blancs.
   
Née au Cameroun, Léonora Miano connaît le poids de l'histoire africaine, la blessure de l'esclavage, de la colonisation, de l'exil. Mais elle interpelle la conscience noire qui n'a pas su faire résilience, guérir de son douloureux passé pour renaître. Elle accuse les frères noirs d'entretenir le syndrome de Stockholm. Ils aiment leur conquérants et restent passifs et sans ambition. Seule la diaspora peut relever l'Afrique. Mais elle est incapable de prendre conscience d'elle-même, d'assumer sa couleur et son identité afin de partager la même humanité que les autres hommes.

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Léonora Miano écrit "pour les identités frontalières", pour qu'au-delà de la couleur tous les êtres humains se vivent "membres les uns des autres" (Épître aux Éphésiens en exergue). C'est pourquoi elle interpelle les Noirs sur leur responsabilité : ce n'est qu'en abandonnant la mentalité de victimes passives qu'ils se réaliseront par l'action. On retrouve dans ce récit la même dénonciation auto-accusatrice que celle d'Hélé Béji dans "Nous, décolonisés”.  L'idée fera-t-elle son chemin ?

Léonora MIANO
Tels des astres éteints

Plon, 2008, 408 pages

Le site de
Léonora Miano offre nombreuses précisions !



Tag(s) : #LITTERATURE AFRICAINE