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Peter L. Berstein est un spécialiste de la monnaie et du risque financier. Son étude écarte donc la mythologie de l'or que la littérature et le cinéma ont pu illustrer, pour se consacrer à la manière raisonnable –et plus souvent déraisonnable– dont les gouvernements et les autorités monétaires ont géré la monnaie depuis le fameux roi Crésus.
 
L'obsession de faire reposer la monnaie et le système monétaire international sur l'or a provoqué bien des drames quand le dogme de l'étalon-or se retournait contre le niveau de vie des populations. Ainsi le retour à l'étalon-or de la Grande-Bretagne en 1925 fut-il dramatique par ses conséquences économiques et sociales à tel point que Winston Churchill reconnut plus tard, suivant en cela l'opinion de John Maynard Keynes, qu'il s'était lourdement trompé en imposant la parité-or de la £ sterling au niveau de 1914, alors que peu après, Raymond Poincaré, en accord avec Émile Moreau le gouverneur auvergnat de la Banque de France, eut la sagesse de se contenter de 20 % de l'ancienne parité-or du franc. Mais la vérité d'un jour peut devenir erreur le lendemain : le franc Poincaré se retrouva surévalué après 1931 quand les Britanniques profitèrent des vacances du gouverneur de la Banque d'Angleterre, Montagu Norman, pour dévaluer !
 
Longtemps l'or avait cohabité avec l'argent : c'était le fameux bimétallisme, auquel beaucoup de pays avaient dû se résoudre quand l'or était trop rare. À certaines époques, comme le début du Moyen-Âge ouest-européen, il avait même déserté, au profit de l'espace économique byzantin et arabo-musulman où l'on frappait besants et dinars. Un des chapitres les plus remarquables montre le retour des monnaies d'or en Occident. Frédéric II fait frapper après 1231 une pièce de 5,28 grammes d'or mais seulement de 20 carats. Surtout les Gênois ont émis à partir de 1251 une pièce d'or  appelée le … génois et pesant 3,5 grammes d'or pur (24 carats). Ils sont vite suivis par les Florentins, puis les Vénitiens en 1284 : d'où les fameux florins et ducats, eux aussi de 3,5 grammes d'or pur. Quand Shylock crie après son or perdu, c'est de 80 ducats qu'il s'agit.
 
Outre les aventuriers de la mine, cette histoire de l'or nous fait rencontrer de nombreuses figures passionnantes –mais toutes masculines. Atahualpa l'empereur des Incas qui donne son or et sa vie aux pillards sanguinaires dirigés par Pizarre ; l'empereur de Chine Hien Tsung qui inventa au IXè siècle le papier-monnaie à cause de la pénurie de cuivre ; Isaac Newton, le "dernier des magiciens", devenu Grand Maître de la Monnaie à Londres autour de 1700 ; et jusqu'à Richard Nixon qui liquida le reste de l'étalon-or (et l'once troy à 35 dollars) en 1971 —juste après que De Gaulle ait voulu le restaurer. Aujourd'hui, le système monétaire international repose sur les marchés. Les monnaies flottent et parfois coulent. Mais l'or, au lieu de couler à pic, surnage à plus de 1000 $ l'once en mars 2008, alors qu'il y a peu les banques centrales s'en défaisaient pour un prix dérisoire.
 
Il paraît qu'il y a aujourd'hui davantage d'or autour des cous, des poignets et des chevilles des Indiennes que dans les caves de Fort Knox !
• Peter L. BERNSTEIN. Le pouvoir de l'or. Histoire d'une obsession. Traduit de l'anglais par André Cabannes. Éditions Mazarine (Fayard), 2007, 565 pages.


 
Tag(s) : #HISTOIRE GENERALE