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Comme une Exposition Universelle qui effacerait toutes celles du passé, chapitre introuvable des « Villes Invisibles » d'Italo Calvino, la DUBAÏ née du désir du cheikh Mohammed El Maktoum est ici éclairée par la lampe merveilleuse de Mike Davis l'"urbanologue" californien qui a craint d'y découvrir l'avenir de sa « City of Quartz ».

« La rencontre d'Albert Speer et de Walt Disney sur les rivages de l'Arabie.»

Le plan de la cité née des sables apparaît dans le hublot de l'avion quand le passager se penche. Avec près de 100 kilomètres d'extension comme Los Angeles familière à Mike Davis, la ville montre la carte du monde et des palmiers dessinés dans la mer. Elle a tout pour entrer dans le livre Guiness des records : les tours de Babel les plus hautes, les "Malls" et centres commerciaux les plus vastes et les plus luxueux, l'autoroute aux douze voies... Emporium entre Méditerranée et Mers du Sud, Dubaï empile pétrodollars et argent sale pour les changer en féérie hôtelière  —voile de 800 mètres de hauteur, ou hostellerie sous-marine— en pléthore d'attractions touristiques avec pistes de ski et dinosaures conçus par des naturalistes anglais, en gâteries pour milliardaires : villas, Rolls et yachts. À l'écart du regard de l'islam, l'alcool coule à flots et les prostituées russes abondent.

Evil Paradises

Evil Paradises : The Dreamworlds of Neo-Liberalism — tel est le titre original de cet essai qui a d'abord été publié sous forme d'article de la New Left Review en 2006. Pour atteindre ce stade de l'hyper-capitalisme, Dubaï a dû, selon Mike Davis, nous seulement bénéficier de la manne pétrolière arabe, écarter la menace chiite par la présence des porte-avions américains (?), enfin vraisemblablement se protéger d'Al-Qaida en en devenant la banque. Ainsi, la minorité d'autochtones chouchoutés par le Cheikh Mo vit-elle du travail des expatriés occidentaux nécessaires à ses projets et du quasi-esclavage de la majorité asiatique nécessaire à ses chantiers pharaoniques. Ouvriers et domestiques sont recrutés par contrats mais on leur confisque passeports et cartes d'identité dès le tarmac. Toutefois, depuis 2003 le prolétariat asiatique murmure, dit-on, contre ses bidonvilles surchauffés –où l'eau manque– rejetés loin du circuit des touristes. Dubaï S.A. n'est pas un État de droit mais une Société gérée par un cheikh-PDG, directement passée des temps féodaux à l'hyper-modernité, et fière de ses pôles high tech. Développement durable ?

• Mike DAVIS : Le stade Dubaï du capitalisme
Traduit par Hugues Jallon et Marc Saint-Upéry
Les Prairies ordinaires, 2007, 88 pages.




 

Tag(s) : #HISTOIRE 1900 - 2000, #MONDE ARABE