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4 - LES VANITÉS EN EUROPE
Sans atteindre l'ampleur de la production hollandaise, la vanité existe ailleurs en Europe, principalement en France, en Italie et en Espagne.
Les Vanités des peintres
français
On commence par une œuvre de grande simplicité, due à Jacques Linard, presque aussi simple que celle attribuée à Philippe de Champaigne (cf.Vanités -1 - Introduction).
Cette Vanité est parfaite avec le crâne, la chandelle qui bientôt s'éteint, un sceau, la pipe et le tabac avec la signature de l'artiste sur le papier en bas à gauche.
En son temps portraitiste réputé, le parisien Renard de Saint-André est connu aujourd'hui pour ses vanités, ce qui rappelle le cas de Daniel Bailly.
Au
centre de la composition du musée de Marseille, au milieu d’objets symbolisant les plaisirs de la vie trône un crâne couronné de lauriers, ce que l'on peut comprendre comme l'inanité des
réussites humaines sur terre et comme une victoire irrémédiable de la mort. À moins qu'il ne s'agisse de la promesse d’une résurrection future dans le royaume de Dieu, puisque le laurier fut
symbole d’immortalité. Ici les bulles symbolisent la fragilité et l'éphémère.
Avec un sceau comme le précédent, et avec un livre ouvert de langue française. Le titre du texte est bien dans le droit fil de la vanité : "le
Tombeau".
Simon RENARD de SAINT-ANDRÉ
(1613-1677)Un correspond me signale que ce "TOMBEAV" est une œuvre de Jean Puget de la Serre, intitulée «Le tombeau des délices du monde» : "un discours moraliste qui traite du thème de la vanité à travers chacun des cinq sen. Le chapitre peint est celui concernant l'odorat.» Que Frédéric Dufoix soit remercié pour ces précisions.
Mentionnée dans des inventaires du 19ème siècle comme une "Allégorie de la Méditation"
due à Gerard van Honthorst, cette peinture est plutôt considérée comme l'œuvre d'un peintre parisien actif autour de 1630. Une certaine parenté avec le travail de La Tour peut être
soulignée.
Le thème de la vanité est cousin de celui de la Mélancolie illustré par Dürer. L'héritage de la Mélancolie c'est ici Marie-Madeleine. Il existe différentes versions de ce sujet, à Rennes, au Louvre, et à Pasadena en Californie. Cette œuvre est remarquable par la maîtrise de la lumière.
Avec cette toile de Domenico Fetti (ou Feti) on a assisté à la fusion du portrait de la Mélancolie de Dürer avec l'image représentant la femme en pleine méditation. Elle fixe du regard le crâne et a comme oublié le livre qui est dessous, le globe céleste, la palette et les pinceaux, le livre ouvert à terre, le chien même, et aussi le paysage. Celui-ci n'apparaît qu'au-delà de murs ruinés qui anticipent sur le culte romantique des ruines. Le sens est évident : toute l'activité humaine, pratique, théorique, ou artistique, est vaine (13).
Les vanités des peintres
espagnols
La Galerie des Offices à Florence possède une autre vanité de Pereda, datée de 1668. Comme dans l'Allégorie ci-dessus, on retrouve un médaillon représentant le portrait de Charles Quint. L'empereur est ici placé sur le monde, mais le vaste empire fut éphémère. Par ailleurs, ce tableau est intéressant par sa composition : d'un côté la puissance et les richesses au-dessus du coffre, de l'autre les images de la mort : crânes, sablier, fusil, lampe éteinte.
Antonio de PEREDA Y
SALGADO
Encore une allégorie ailée, encore une pendulette en forme de tour de l'horloge, encore des armes. Mais on note le glissement de la méditation vers le sommeil et le rêve. Et pour la première fois, un masque de comédien.
Cette œuvre de Pereda utilise le principe de la collection de coquillages, comme dans le tableau de Pieter Claesz à la Gemäldegalerie de Dresde. L'âge des vanités est aussi celui des mirabilia et naturalia. Passé l'âge des vanités, des peintres seront tentés par la représentation de collections scientifiques.
Les deux œuvres espagnoles suivantes sont radicalement différentes. Le peintre sévillan a réalisé ces deux allégories des fins dernières pour la chapelle de l'Hôpital de la Charité (la Caridad), où elles sont restées. Et ces toiles sont très noires alors que Valdès Léal est plutôt un coloriste.
Et puis Théophile Gautier fut inspiré par ces chefs-d'œuvre (extraits) (14) :
Par cette œuvre de Pereda se termine cet aperçu des vanités hors de
Hollande. Il est évident que ce sous-genre est resté fortement lié aux peintres d'un pays donné et d'une époque donnée : la Hollande calviniste du XVIIème siècle.
Dès le XVIIIème siècle, les vanités tendent à disparaître sous
l'effet de l'évolution du goût, de la civilisation des Lumières, voire de la laïcisation de la société. Les natures mortes ont proliféré. En 1866, au début de sa carrière Paul
Cézanne s'inscrit dans une tradition qui fêtait son bi-centenaire. L'artiste qu'on a souvent qualifié d'inventeur de la peinture moderne ne s'en est pas tenu à cette "citation". En voit
ensuite
Nature morte, crâne et chandelier
(1866)
Collection particulière
Le XIXème fut très pauvre en vanités proprement dites : le crâne tend à l'emporter. Aux deux bouts du siècle, Géricault et Cézanne le représentent en triple exemplaire. Ce dernier peint trois crânes comme il peindrait trois pommes. Purs objets, sans transcendance.
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Paul Cézanne
(1839-1906)
Nature
morte
Detroit Institute of Arts, Michigan
Une œuvre à rapprocher des Trois crânes peints dans les années
1901-1906 appartenant au musée de Soleure.
On aurait pu également montrer l'intégration d'un crâne dans leurs natures mortes
par Pablo Picasso et Braque.
Vanitatum
Je suis impressionné par ce tarvail, et j'ai une question à vous poser.
pensez-vous que la sculpture fait partie des vanités :
merci beaucoup.
Je me suis beaucoup appuyée sur votre site pour la richesse des photos et des écrits. Merci ; n'hésitez pas à visiter mon site, je travaille sur la vanité : http://merciernatacha.blogspot.com
Natacha Mercier
Cordialement, LG.