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Dans le Pékin du début de la République, où l'on voit encore des chameaux dans les rues, les fêtes traditionnelles et les usages anciens voisinent avec un début de modernité : le pousse-pousse est peu à peu concurrencé par le cycliste et par l'automobile, mais Siang-tse reste persuadé de réussir sa vie en louant, puis en achetant un pousse-pousse. Or, les déconvenues pleuvent. Ce roman d'un échec, paru en 1936 dans une Chine en crise, accompagne la montée du sentiment révolutionnaire comme l'expriment les dernières lignes : « Lui, le malheureux, le déchu, l' "individualiste" qui croyait pouvoir réussir tout seul, quand donc serait-il enterré avec cette société cruelle et pourrie qui l'avait enfanté ?»

Néanmoins, loin d'être uniquement causé par "cette société cruelle et pourrie", le lent naufrage de Siang-tse est largement dû à sa psychologie, à son comportement d'entêté, de "vrai cinglé du pousse", au lieu de se mouler dans le cours des choses. Il n'accepte pas de rester employé au service d'un ménage cordial ou bien se trouve chassé pour avoir convoité la concubine de son patron. Le fait est que ses relations avec les femmes tournent systématiquement à la catastrophe. La Tigresse — fille de Quatrième seigneur, le propriétaire du garage qui ne veut pas de lui comme gendre – le séduit et le force à l'épouser. Devenu veuf, il oublie de rejoindre à temps Petite Fou-tse : elle ira se perdre dans un bordel après avoir été vendue à un militaire.

La narration, classique, est finement agrémentée de descriptions du ciel, de la marche des saisons, avec la chaleur d'un été brûlant, avec l'hiver glacial que l'on affronte en portant les vêtements ouatés, avec les promesses du printemps fleuri dans une ville où les hutong du vieux Pékin délimité par ses portes n'ont pas encore cédé la place aux gratte-ciel et aux six périphériques.

LAO She : Le pousse-pousse. Traduit du chinois par François et Anne Cheng. Éditions Picquier poche, 1995, 220 pages.
 
Lao She s'est suicidé au début de la “Révolution Culturelle". Voir article publié dans Libération (juin 1998): entretien avec son fils Shu Yi.


 
Tag(s) : #LITTERATURE CHINE