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Ce magnifique titre du romancier sénégalais nous permet de découvrir un recueil d'articles liés à l'actualité récente du Sénégal, de l'Afrique et du monde à l'heure de la mondialisation.
Rwanda : « De quel génocide voulez-vous parler, monsieur…?»
Trois articles consacrés au génocide rwandais de 1994 exposent avec lucidité et sens critique les spécificités de ce drame humain. Les responsabilités de la France, particulièrement de la politique de François Mitterrand, sont clairement formulées. B.B. Diop ne laisse pas passer certaines affirmations du Président et d'autres dirigeants français de l'époque. Devant ce drame, auquel s'est ajoutée la condamnation à mort de Ken Saro-Wiwa, l'auteur explique comment a pris corps son projet d'écriture avec séjours d'auteurs africains au Rwanda en 1998, projet qui a débouché sur de nombreuses publications au début des années 2000. Il nous livre aussi sa préface au livre de Yolande Mukagasana, "les blessures du silence", paru chez Actes Sud en 2001 — préface qui ne fut pas publiée par l'éditeur français en raison de la mise en cause de Fr. Mitterrand.
Sénégal : un Président trop français
Par ailleurs, B.B. Diop s'est employé à dessiner, à la manière des "Vies Parallèles" de Plutarque, un double portrait, celui de Léopold Sédar Senghor et de son célèbre opposant Cheikh Anta Diop — 2006 étant le centenaire de la naissance du premier et le 20e anniversaire de la disparition du second. Cet essai d'une quarantaine de pages donne l'occasion de revenir sur l'histoire du Sénégal après l'indépendance en 1960. Il permet aussi à l'auteur de formuler ses propres idées sur l'identité : critique d'un Président qui préféra au wolof la langue française, fut élu à l'Académie du quai Conti et prit sa retraite en Normandie, tandis que Cheikh Anta Diop se faisait le mentor de l'utilisation en Afrique des langues africaines, y compris pour l'enseignement scientifique. En dépit de ses références idéologiques, l'auteur estime avec le recul que L.S. Senghor a été bien près d'incarner un Président-modèle : ni corruption, ni enrichissement personnel sur le dos du pays, ni dictature.
Afrique, ta culture f… le camp !
Dans ces essais l'auteur ne manque pas d'exprimer son souci de voir les langues africaines devenir des langues littéraires et pas seulement parlées tous les jours, faute de quoi une fracture culturelle  grandissante s'instaurerait entre les peuples d'Afrique et leurs écrivains qui ne seraient plus lus que par une petite élite anglophone ou francophone, alors que déjà les auteurs sont touchés par une "fuite des cerveaux" vers les métropoles du Nord, leurs lecteurs et leurs éditeurs. À regarder les choses de plus près, B.B. Diop croit constater que la francophonie est un piège : l'usage de l'anglais n'étant pas, contrairement au français, un combat d'arrière-garde orchestré par un gouvernement, puisque, spontanément, les romanciers comme les paroliers cultivent la "world culture" en anglais.

On peut ne pas être d'accord avec l'auteur dans toutes ses prises de position, mais on lui reconnaîtra un art confirmé de l'argumentation, dans une langue justement dépourvue des pédantismes de Senghor.


Boubacar Boris DIOP
L'Afrique au-delà du miroir

Éd. Philippe Rey, 2007, 215 pages.

P.S. — Après la mort d'Aimé Césaire.
Que sont devenus les intellectuels africains ?

Lire l'article de Chr. Eboulé sur Afrika.com


Tag(s) : #LITTERATURE AFRICAINE