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Des Vanités — 1

 

 Dans l'histoire culturelle occidentale, les Vanités tiennent une place particulière doublement centrée, dans l'espace sur la Hollande, et dans le temps sur les années 1630-1650, avec des débordements réduits sur le reste de l'Europe occidentale, et le reste du XVII° siècle. Il est donc légitime de s'interroger sur cette spécificité des Vanités. Mais d'abord qu'est-ce qu'une Vanité ? Pour démarrer sur un exemple simple, cette vanité attribuée à Philippe de Champaigne nous confronte avec brutalité au "memento mori" : la nature est belle (la tulipe), mais souviens-toi que tu es mortel, et que passe le temps (le sablier)
 
Philippe de CHAMPAIGNE - Vanité
Milieu du XVIIè siècle, Musée de Tessé, Le Mans

1. Définition d'un genre

Au début de l'ère baroque —les Français préfèrent évoquer l'âge classique ou la période de la monarchie absolue— la Hollande et plus généralement les Provinces-Unies semblent avoir "volé" à l'Italie l'hégémonie dans l'art pictural.
L'école hollandaise repose sur plusieurs bases. D'une part deux siècles de peinture flamande ont apporté de nombreuses innovations (notamment maîtrise de la perspective, peinture à l'huile sur la toile, souci du détail ); d'autre part le dynamisme du marché de l'art qu'offre un ensemble de cités marchandes où la bourgeoisie prospère dans une abondance matérielle sans précédent ; enfin un climat religieux marqué par le triomphe du calvinisme.
Dans ces conditions, les peintres hollandais se spécialisent dans les portraits, les marines, les scènes de la vie quotidienne, les paysages ruraux et urbains, et ce que les Français qualifieront de natures mortes, mais c'en est fini des commandes de vierge à l'enfant ou de tableaux de saints.
La Vanité constitue un sous-genre de la nature morte. En vérité cette manière de dire ne s'est imposée en France qu'en 1756 après le succès de Chardin (1 - voir notes à la fin de l'article). Vers 1650 les Hollandais qualifient  ces œuvres de " still leven " —d'où les termes "still Leben " en Allemagne,  "still life"  en Angleterre, mais "bodegon" en Espagne.
Pietr CLAESZ - Vanité - 1630

Ce qui précède explique pourquoi, dans les catalogues des musées et des galeries virtuelles, la Vanité est souvent nommée "still life" . Or, la Vanité est une "still life" bien spécifique. C'est la présence d'un crâne, résumant la mort, qui permet la distinction. Les éléments constitutifs de la Vanité varient par leur nombre. Ils évoquent les cinq sens —et certaines œuvres se limitent aux cinq sens sans représenter de crâne. Ils évoquent aussi la culture humaniste du livre (reliures, livres ouverts) et l'état des connaissances par des objets techniques précis (globe terrestre, sphère céleste).
La Vanité (vanitas) se développe dans une époque où le latin est partagé par l'ensemble des classes cultivées de l'Europe occidentale, et où l'environnement chrétien est indissociable d'une certaine familiarité avec la langue latine. On ne sera donc pas surpris d'y retrouver des formules latines dont la plus connue est :  « vanitas vanitatum et omnia vanitas » [«Vanité des vanités, tout est vanité.» Écclésiaste, 1.2] ou bien encore « memento mori ». Une vanité d'Evert COLLIER (Breda 1640-Londres 1710) rassemble les deux formules :

Les Vanités ont une signification symbolique et philosophique puisqu'elles mettent en balance la mort et les œuvres humaines (2). D'un côté les richesses et les plaisirs de l'existence, de l'autre le triomphe de la Mort, rappelé à tous, ou du moins aux "riches pénitents [qui les] plaçaient dans leur oratoire pour méditer sur la futilité des choses de ce monde tout en contemplant une œuvre d'art” (3).
Mais s'il devait choisir, le chrétien de ce temps choisissait le salut de son âme, étant prêt à lui sacrifier les douceurs de sa vie terrestre personnelle. Lorsque les Médicis furent chassés de Florence à la fin du XV° siècle, Savonarole prit le pouvoir et établit une tyrannie religieuse extrême : on organisa un bûcher des vanités. La 7 février 1497 les Florentins vinrent "brûler les œuvres de Dante, de Pétrarque et de Boccace, en même temps que jeux de cartes, instruments de musique, bijoux, perruques et peintures profanes" (4). Ces objets se retrouveront dans les peintures de vanités du XVII° siècle.
    
Piter BOEL - Grande vanité - 1663 - Musée des Beaux Arts, Lille
 
On notera enfin que la Vanité ainsi définie ne devrait pas être confondue avec une allégorie ; en effet, s'il y a des allégories de la vanité, comme il y a des allégories de la justice, de la fortune, ou de l'amour, elles ne relèvent pas des Vanités en tant que sous-genre ou thème pictural. Ainsi la femme au miroir d'un triptyque de Memling ne constitue pas à proprement parler une Vanité (vanitas), mais plutôt une allégorie de la vanité. La Vanité personnifiée est souvent une "jolie femme dénudée accompagnée d'un paon, [qui] se contemple dans un miroir." (5)

        

Hans MEMLING - La Vanité - Musée des Beaux-Arts, Strasbourg

Pas de paon, mais un bichon et deux lévriers sur l'œuvre de Memling. (On retrouve les deux lévriers sur la fresque de Rimini, "Saint Sigismond et Malatesta", par Piero della Francesca — symboles de fidélité et de prudence…)
Au siècle suivant, cette Allégorie de la Vanité, orientée vers la musique, est intermédiaire entre le thème de la femme à sa toilette et celui de la vanité des plaisirs :
MOLENAER - Allégorie de la Vanité
1633 (détail) -
Tableau repris entier plus loin.

Si dans ce dossier la peinture des vanités va nous faire parcourir les siècles, et franchir les frontières, prenons juste un instant pour considérer une version cousine, celle de la scultpture :


                                

La Mort - XVIIe siècle

Cet ivoire sculpté de 53 cm de haut figure dans "D'un regard l'autre. Histoire des regards européens sur l'Afrique, l'Amérique et l'Océanie" sous la direction d'Yves Le Fur (Musée du Quai Branly, Paris, 2006, 350 pages). Il y est précisé que l'artiste anonyme s'est inspiré « d'une gravure de la "Fabrica" d'André Vésale (1514-1564) dont la légende invite à méditer sur la condition humaine : Vivitur ingenio caetera mortis erunt, "C'est par l'esprit que l'on vit, le reste appartient à la mort". Le sculpteur a renforcé cette thématique en représentant la Mort foulant aux pieds des attributs du pouvoir : une tiare pontificale, une mitre épiscopale, un heaume de chevalier et un sceptre. Les artistes ont souvent fait figurer dans les vanités des richesses exotiques que les puissants se vantaient de posséder.» (pages 76-77).

 

2. Origines de la Vanité
Les Vanités ont une origine complexe, et à rechercher principalement dans la tradition chrétienne. Si l'on commence par la présence du crâne, ou des ossements, on relie cet aspect des vanités à la danse macabre des XIVè et XVè siècles.

Hans HOLBEIN - Danse macabre

Des triptyques ou dyptiques des XV–XVIè siècles apportent aussi leur constribution aux origines des vanités. Non pas dans le sujet principal, plutôt sur l'extérieur des volets. En voici trois exemples. Dans le premier, un sablier accompagne le crâne, formant quasiment la base du sous-genre. Dans le second, le crâne s'appuie sur une brique en voie d'effritement, signe du temps qui passe, comme avec le sablier précédent.
 

Volet de tryptique, XVè s.

Rogier van der WEYDEN - Tryptique de la famille Braque (détail)
1450, Musée du Louvre, Paris

 

Dans ce troisième exemple, Jan Mabuse (alias Jan Gossaert) représente à la fois le chancelier Carondelet avec son épouse et le crâne à côté de leur blason. Variante sur le thème recto-verso.

Jan MABUSE (GOSSAERT): Dyptique Carondelet, 1517.
 
On a aussi noté l'introduction du texte, et par là de la culture chrétienne et/ou humaniste. Par la suite, les compositions d'éléments inanimés constitués d'objets culturels accompagnent les représentations de Pères de l'Eglise ou de saints dans leur cabinet d'études (ou studiolo).
Vittore CARPACCIO - La vision de saint Augustin (détail)
1502 - San Giorgio degli Schiavoni, Venise
 
Le tableau de Carpaccio (1460-1526) montre saint Augustin dans son cabinet d'études. Le saint homme, en qui la tradition reconnaît l'humaniste que fuut le cardinal Bessarion, a une vision mystique. Mais tout autour de lui se disposent livres, instruments scientifiques, partitions de musique. Cette acumulation des choses n'est pas née en 1500.
Déjà, à partir du Trecento, les artistes avaient commencé à disposer des objets, comme dans des boîtes, en marge de leurs compositions, pour leur donner plus de vérité et pour jouer sur une signification symbolique (6).
Le Maître du Livre d'Heures de Marie de Bourgogne
Le Christ cloué sur la croix
vers 1475-80 -  Österreichische Nationalbibliothek, Wien
 
On assista, parallèlement à l'essor des vanités et natures mortes, à l'essor de l'art difficile du trompe-l'œil. Le tableau de vanités lui est redevable de son souci de faire illusion d'authenticité.
                   
Georg FLEGEL - Trompe-l'œil
 1610 - Galerie nationale, Prague
 
Dès le milieu du XVIè siècle, le maniérisme utilisa une multitude organisée d'objets : fleurs, fruits, poissons. C'était le thème de la table bien garnie d'une profusion de victuailles pour la satisfaction des sens. Il faut reconnaître que bien des natures mortes (ou Still Life), malgré une qualification de "vanitas", ne font que reprendre cette foule d'éléments décoratifs, par exemple avec les tableaux de fleurs de Daniel Seghers ou d'Ambrosius Bosschaert, comme avec les étalages de légumes, de fruits, de poissons, œuvres de Franz Snyders ou d'Osias Beert.
C'est pourtant l'agencement de ces différents éléments qui permet de constituer la vanité, toujours marquée par cette fascination du détail que l'on rejetterait plus tard, dès le temps des Lumières. (7)


3. Les Vanités des Hollandais

Quatre grands foyers de création picturales existaient aux Provinces-Unies : Amsterdam, Delft, Haarlem et Utrecht, et cette école hollandaise du XVIIème siècle n'était pas principalement connue pour ses vanités, comme le montrent les célèbres œuvres de Rembrandt (1606-1669). Mais avant de s'illustrer à Amsterdam, c'est à Leyde que ce peintre apprit à peindre, et cette ville est attachée au souvenir de plusieurs peintres, mais pas seulement de vanités, ainsi Gerrit Dou qui fut l'élève de Rembrandt, Jan Steen, Gabriel Metsu, Frans Van Mieris, ou encore Willem Van de Velde. Gerrit Dou et David Bailly y passèrent toute leur vie. D'autres s'y établirent et y moururent, tel Herman Steenwijk.
Leyde a vu se constituer un foyer actif, notamment après la création de l'Université en 1575, puisque Guillaume le Taciturne récompensa de la sorte une ville qui avait résisté aux assauts catholiques. Gerrit Dou et d'autres furent les fondateurs de la guilde des peintres de la ville ; ils créèrent en 1648 l'école des "FIJNMALER" c'est-à-dire des peintres raffinés, ceux dont les peintures sont si appliquées que les coups de pinceaux sont indécelables.

Jacob de GHEYN - Vanitas Still-Life
1603 - Metropolitan Museum, New York

Toutes les vanités ne sont pas œuvres des peintres de Leyde! L'anversois Jacob de Gheyn inaugure cette série de vanités du siècle d'or de la peinture hollandaise par le premier "memento mori" qui nous soit parvenu (8). Le tableau fonctionne comme un portrait, puisque le crâne est la principale figuration. Le crâne est surmonté d'une sphère où se reflètent divers objets, le monde en quelque sorte ; il est disposé dans une niche dont la clef de voûte contient l'inscription "Humana Vita", car les peintres cherchent souvent à orienter l'interprétation de l'œuvre par un texte bref et significatif. Autour de la niche, des philosophes sont placés dans les angles supérieurs : philosopher, n'est-ce pas apprendre à mourir ? La tulipe est présente, c'est la fragilité de la vie humaine, plus que l'allusion à la spécialité locale.
Mais le premier grand spécialiste du sujet semble être Pieter Claesz qui est originaire de Westphalie et s'est installé à Haarlem en 1617, au cœur des cultures de tulipes. La spéculation sur les oignons de tulipes aboutit au premier krach en 1636 ; Claesz se fit appeler Nicolaes Tulp… mais ce sont des œillets qui figurent la vanité de Dresde. Claesz peignit plusieurs vanités et natures mortes ; outre la Vanité reproduite ci-dessus dans la section "1. Définition", trois ont été sélectionnées pour la période 1624-1630, conservées à Dresde, La Haye et Amsterdam.
Celle de Dresde, ci-dessous, ne comporte pas de crâne mais d'assez nombreux éléments habituels de la vanité : montre, orfèvrerie, nautile, petits coquillages ; les objets sont placés sur une table de pierre, voire de marbre, disposition héritée du principe de la niche (cf. Gheyn). Noter aussi le sujet dans l'arrière-plan, comme dans plusieurs tableaux contemporains, par cette "nature morte inversée" ou 'image dédoublée", la nature morte est insérée dans le vivant (9). Autre procédé significatif, le rideau, à la fois fond sombre qui permet de faire ressortir les objets (comme dans Les Ambassadeurs de Hans Holbein), et surtout dévoilement du sens, comme dans la vanité de Johannes Cuvenes.

Pieter CLAESZ - Nature morte au grand gobelet en or
 1624, Gemäldegalerie, Dresden

Il convient aussi de souligner la tendance à la répétition des objets, ici des coquillages. "Accumuler les objets, s'en faire une forteresse, bâtir une muraille d'objets inertes et silencieux pour ne pas voir la nuit du monde et ne rien entendre de sa rumeur, tel est le projet mélancolique de qui, sous la richesse apparente, n'entretient jamais que le goût amer de la solitude…" écrit Jean Clair à propos du tableau "La Vue" de Jan Brueghel dit de velours (1617, Musée du Prado, Madrid)(10).

Pieter CLAESZ (1597-1661) - Vanitas Still-Life
1630, Mauritshuis, La Haye

On remarquera ici que le crâne est accompagné d'un tibia, que la bougie est éteinte, que le verre est vide, que les feuilles du livre sont abîmées par un long usage. La plume est posée loin de l'encrier. Tout est terminé.

Pieter CLAESZ -  Vanité - 1628, Rijksmuseum, Amsterdam

Ici, moins d'austérité. Les arts sont davantage présents. Les instruments de musique en premier plan, mais pas de partition. En revanche, une gravure montrant un nu féminin, une armure, une statue avec un personnage en pleine méditation.

  

Willem Claesz HEDA (1594-1680)
Vanitas - 1628, Collection Bredius, La Haye

Avec cette œuvre de W.C. Heda on voit apparaître d'autres plaisirs de la vie : la pipe, les friandises dans la coupe.

Harmen STEENWIJCK  (1612-1656)
Vanité -  1640, Stedelijk Museum De Lakenhal, Leyde

Simon Luttichuys, né en 1610 à Londres et décédé à Amsterdam en 1661 travailla lui aussi à des vanités selon le modèle de Leyde, c'est-à-dire avec une table sur laquelle sont agencés des objets en relation avec la culture humaniste (livres fermés ou ouverts sur des planches illustrées) avec d'autres objets à proximité (tableaux au mur ou comme ici miroir sphérique suspendu au plafond). Ultérieurement, cet artiste, s'éloignant des vanités, a produit de nombreuses natures mortes.

Simon LUTTICHUYS (1610-1661) - Vanité avec crâne (n°1) - 1645
Huile sur bois. Vente Sotheby's 12-2004

Simon LUTTICHUYS - Vanité avec crâne (n°2) - ca.1635-40
Museum of Fine Arts, Houston (Texas)

Il existe une œuvre identique au Musée de Gdansk. On voit à gauche que la page de titre du livre est daté de 1611 (M DC XI). Le miroir sphérique démontre l'art de Luttichuys : le peintre à son chevalet avec une femme à ses côtés :

Ces deux œuvres de Luttichuys comprennent un globe terrestre, objet que l'on retrouve aussi sur la vanité suivante de Cornelis Gijsbrechts et plus loin chez Evert Collier.

Cornelis GIJSBRECHTS - Vanitas
Après 1650. Musée des Beaux-Arts d'Anvers

Cornelis GIJSBRECHTS - Vanité, 1650

Vanité anonyme, XVIIè siècle

La pendule figurée pliée fait penser aux montres molles de Salvador Dali…  On note des inscriptions en néerlandais et non plus en latin.  Peut-être une production plus populaire ?

Evert COLLIER (Breda 1640-Londres 1710)
Vanitas (Vita brevis, ars longa) - 1672

Auteur de compositions complexes, Evert Collier rappelle, par son insistance sur les globes, les livres et les cartes, la puissance de l'économie hollandaise, (cf. titre "Hollandt" bien visible) qui elle aussi serait éphémère malgré la Compagnie des Indes orientales. A l'arrière-plan le drapeau orange de la famille du stathouder.

Evert COLLIER
Vanité avec deux globes (céleste et terrestre)

Le thème de la femme à la toilette traité par Molenaer renvoie à la fois à la femme au miroir et à la vanité puisque le crâne est présent — mais au pied, pas près de la main. Dans le tableau suivant, le crâne est doublement présent, à la fois celui de l'homme, sur la table et de son meilleur ami le cheval, sur le plancher.

Jan-Miense MOLENAER - Femme à sa toilette / Allégorie de la vanité
1633, Musée des Beaux-Arts de Toledo, États-Unis (in Google Art Project)

Jan-Miense MOLENAER - Le peintre dans son atelier
Musée Bredius, La Haye

 

    Vanité des vanités ! dit l’Ecclésiaste, tout est vanité.

Cette méditation est illustrée par de nombreuses œuvres de maîtres hollandais tout au long du XVIIè siècle et particulièrement dans les années 1630.

Hendrik ANDRIESSEN (jadis attribué à David BAILLY)
Vanité avec le portrait d'un serviteur
1650, Herbert F. Johnson Museum of Art, Cornell University, Ithaca
 

Un serviteur noir habillé avec élégance porte au cou un collier en or, signe de fidélité à son maître, commanditaire du tableau, dont il brandit le portrait miniature tout en le fixant des yeux. Le crâne est situé au centre de la composition. Tout autour s'organisent de multiples symboles de la vanité. D'abord la musique avec un luth et une flûte ; la beauté de la nature (les quelques fleurs) ; les arts plastiques (la palette, les brosses, la petite sculpture) ; les divertissements (les dés, les cartes, la pipe). Les bulles disent que tout est éphémère.
Ces éléments, on les retrouve dans l'œuvre suivante, l'autoportrait de
David Bailly (1584-1657) qui se forma à Leyde et Amsterdam.

David BAILLY - Autoportrait avec les symboles de la vanité
1651, Stedlijk Museum De Lakenhal, Leyde

Après un périple à Venise et Rome, il entama une longue carrière de portraitiste, des étudiants et professeurs de l'université calviniste de Leyde formant une partie de ses sujets. Ce qui peut expliquer l'abondance des représentations humaines sur cette œuvre que Bailly signe à 67 ans et qui est présentée comme son autoportrait.
Sur la toile, le peintre tient un portrait d'homme que la bougie sépare du portrait d'une femme, peut-être l'épouse décédée. La flûte remplie de vin blanc, c'est la plaisir de la dégustation ; mais elle indique aussi la fragilité du cristal. D'autres verres, des livres, une sculpture, une pipe, un collier, des roses, mais aussi un couteau, entourent une bougie dont la position est centrale et qui indique la fuite du temps.

Johan CUVENES - Vanitas
Collection Heinz, États-Unis

Cette vanité de Johan Cuvenes est peu connue ; appartenant à une collection privée, elle a été exposée en 1989 à la National Gallery of Art de Washington et au Museum of Fine Arts de Boston (11).
Considérons ensuite des œuvres de Jan VERMEULEN (ou van der Meulen) né à Haarlem en 1638 et mort en 1674.

Jan VERMEULEN
Vanité - Nantes, Musée des Beaux-Arts

Dans cette nature morte qui est une vanité sans crâne, Vermeulen a cependant placé un sablier (à gauche, derrière le livre refermé), des écrits et imprimés comme chez Evert COLLIER, avec ici un livre ouvert sur une écriture illisible), une flûte, etc... La composition repose sur une table recouverte d'une nappe.
Par ailleurs, Vermeulen a privilégié la représentation de la vanité du pouvoir, avec crâne et couronne :
                     

Dans cette vanité à vendre dans une galerie londonienne (en 2005) on distingue une foule d'objets, dont un crâne, une couronne, un encrier au premier plan sur le marbre, un sablier à l'arrière-plan, etc... Cette composition est assez proche de la suivante que reproduit l'Encyclopedia Britannica.

                        
 
Gerritt VAN VUGHT (1658-1697)
Vanitasstilleven - Mauritshuis, La Haye

Une nature morte qui est une vanité puisque l'on remarque un crâne au milieu du tableau et que la fuite du temps est compétée par le sablier et par l'usure des pages de deux livres. Vanité que tout ce savoir au coeur des autres livres posés sur la table comme sur une étagère !
  Pour terminer cette partie consacrée à l'école hollandaise, un regard à la peinture mythologique dans la mesure où il y a ici reprise du thème du crâne, au pied de la belle captive, ceci évoquant la vanité du Maître M.Z. Étant donné le paysage marin, cette version utilise la collection de coquillages de manière moins surprenante que dans la vanité de Pieter Claesz.

   

Joachim WTEWAEL - Persée délivrant Andromède
1611, Musée du Louvre, Paris

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NOTES
(1) Dictionnaire des courants picturaux, Larousse, 1990. Article "nature morte" pages 240 à 252. En 1667 le critique Félibien disait "choses mortes et sans mouvement".

(2) Idem. Larousse, 1990. Article "vanité", pages 427-429.
(3) Jacques Duquesne, L'histoire de l'Eglise à travers 100 chefs-d'œuvre de la peinture, Presses de la Renaissance,2005. Page 16.
(4) Idem. Suite à ce bûcher, Sandro Botticelli dont l'œuvre était jusque-là fort éloignée de la bigoterie (cf. Le Printemps, ou la Naissance de Vénus) abjura ses "erreurs" pour se consacrer à un art plus religieux. Sur Savonarole compte-rendu du livre de Pierre Antonetti dans ce blog.
(5) Jacques Duquesne, op.cit. Le paon, qui est symbole d'orgueil, peut être remplacé par des chiens de race, bichon, lévriers.

(6) Victor Stoichita, L'instauration du tableau, Droz, 1999. Pages 38-42 sur les miniatures du Maître de Marie de Bourgogne. On parle de "marginalia" pour désigner ces images dans les marges du tableau.

(7) Le "Dictionnaire des Beaux Arts" publié à Paris en 1806 par A.L.Millin exprime ainsi le rejet du détail : "Dans l'enfance de l'art, les peintres copient avec soin les détails (…) L'art, dans sa force, ne s'attache qu'au grand, et néglige tout ce qui peut l'en écarter ou l'en distraire". Cité par Daniel Arasse, "Le Détail. Pour une histoire rapprochée de la peinture", Flammarion, 1996, coll. Champs.

(8) Selon Victor Stoichita, L'institution du tableau, op. cit. Pages 50-51.
(9) Idem. Chapitre "Embrasures" avec comme illustrations : Pieter Aertsen, Le Christ chez Marthe et Marie, 1552, où l'essentiel du tableau est occupé par des victuailles, ainsi que Vélasquez, même titre, c.1620, avec là encore des victuailles au premier plan.
(10) Jean Clair (éd.), Mélancolie. Génie et folie en Occident, catalogue de l'exposition, RMN et Gallimard, Paris, 2005, pages 202-203.
(11) J'en ai trouvé trace par le site de Gary Schwartz.

 


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