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Avant de s'adresser à Montesquieu pour lui demander "Comment peut - on être français ?" l'auteure venue d'Iran et devenue écrivain francophone s'était fait remarquer par un pamphlet, aussi radical que facile à lire, contre les mollahs de Téhéran qu'elle avait fuis, contre les empiétements de la civilisation musulmane sur les droits de l'homme, de la femme et de l'enfant, et contre les propagandistes conscients et inconscients de l'Islam à voile.

« J'ai porté dix ans le voile. C'était le voile ou la mort. Je sais de quoi je parle.» Partant de son expérience vécue, Chahdortt Djavann élargit son propos à la condamnation des « théocraties islamiques.» Comme son pamphlet a été écrit et publié dans le contexte français du débat sur le voile, elle considère qu'en être arrivé à mener un tel débat en France au début du XXIe siècle constitue un « redoutable recul » de la part des intellectuels français et occidentaux qui n'avaient qu'un devoir : répéter leur refus du voile, du hijab, de la burka, quel que soit le mot, le pays, ou la couleur.

Mais voilà que, selon elle, les soi-disant penseurs, tremblant de peur d'être suspectés d'égocentrisme, d'eurocentrisme, d'ethnocentrisme ont entrepris d'établir des degrés vestimentaires entre l'intolérable et le tolérable. Inventant un Islam présentable, ils ont créé, reniant Atatürk et Bourguiba, un voile compatible avec l'école laïque. Aussi Chahdortt Djavann en appelle-t-elle aux républicains de France —s'il en reste— pour interdire ce voile qui —à ses yeux— n'est jamais signe d'une revendication néo-féministe de l'émancipation, ni accessoire de haute couture.

Loin de cacher le corps, le voile désigne la fille comme objet sexuel, rappelant aux mecs la paradisiaque promesse du Coran, « houris éternellement belles, éternellement jeunes, éternellement vierges…»  Ainsi en cachant tout, on a paradoxalement de l'exhibitionnisme et du racolage — interdits par la loi. En même temps, de beaux esprits « découvrent le rôle bénéfique de l'Islam sur le maintien de l'ordre et sont prêts à en faire bénéficier les banlieues. Des jeunes gens bien pieux, assurent-ils aux bourgeois apeurés de la France tranquille, se tiendront plus sages que des voyous sans principes. Laissez faire l'Islam.» Mais l'auteure invite d'urgence la République à agir, à se montrer généreuse avec les immigrés et enfants d'immigrés, à leur faciliter la réussite scolaire et l'insertion sociale. Quatre ans avant les efforts de l'actuel gouvernement, c'était un encouragement pour l'action de personnes comme Fadela Amara ou Rama Yade.

En conclusion, j'emprunte à ce pamphlet l'invitation à découvrir une pléiade de penseurs et poètes iraniens classiques qui « ont tous une position hérétique face aux dogmes islamiques.»  Voici leurs noms : Ferdossi, Omar Khayyam, Nézâmi, Saadi, Al Rumi, Hâfiz, Hallâj, Sohrawardi. Pas sûr hélas qu'il soient tous traduits. Ils vivaient entre le IXè et le XIVè siècle... Et moi qui n'ai pas encore ouvert de rayon "POESIE" !


Chahdortt DJAVANN
« Bas les voiles ! »

Gallimard, 2003, 46 pages.





 
Tag(s) : #SCIENCES SOCIALES