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RESPIRO d'Emanuele CRIALESE (2003, 90 min) nous emmène à Lampedusa, un nom déjà connu pour être celui de l'auteur du "Guépard" et plus récemment celui de l'île où s'échouent les immigrants clandestins venus de Tunisie et de Libye. À Lampedusa donc, vespas et triporteurs sont omniprésents, mais ce film solaire qui y est entièrement tourné n'est pas un documentaire sur un village de pêcheurs. Crialese nous montre Grazia, une épouse et mère affectionnée (Valeria Golino), qui étouffe sous le poids des traditions ; sa famille et son village la prennent pour une malade mentale parce qu'elle revendique plus de liberté et de fantaisie que les autres.



Le film commence par une sorte de version méditerranéenne de la Guerre des Boutons, les bandes d'adolescents de l'île s'affrontant à l'écart du village des pêcheurs. Parmi eux, les deux fils de Grazia, le benjamin particulièrement revêche est déjà très macho : c'est lui qui veut commander et il crie d'ailleurs plus fort que quiconque.



Parce que son mari veut lui interdire la moindre liberté, qu'il tue sa chienne et menace de la faire enfermer, Grazia s'échappe avec la complicité de son fils aîné Pasquale (Francisco Casisa) et se cache dans une grotte du littoral. Sa robe rouge retrouvée sur la plage fait croire à tous qu'elle s'est noyée ou suicidée, en tout cas qu'elle est morte. Mario son mari (Vincenzo Amato) est désespéré. Les villageois lui apportent leur sympathie. Il immerge une statue de la madone. Puis, à l'occasion des feux de la San Bartolo (photo ci-dessous), le mari aperçoit une nageuse et reconnaît sa femme. Le plan final montre le mari, la fille, les fils, et les villageois nageant à leur suite pour ramener Grazia. Cette scène, véritable ballet, est filmée en contre-plongée, sous l'eau! Magnifique photographie bien soulignée par une musique céleste …




La violence est un thème récurrent de ce film. C'est aussi celle des adolescents, vilains garçons qui manquent s'éborgner. C'est aussi le massacre à la fois réel et symbolique des chiens libérés par Grazia avant son "évasion". Les hommes sortent tous leur fusil de chasse. Le carnage est seulement suggéré. Les femmes lavent la rue des traces de sang quand Grazia revient chez elle. C'est dans cette scène particulièrement forte que la communauté s'est insurgée contre Grazia.

Il paraît que Crialese s'est inspiré d'une légende locale : la disparition d'une jeune femme pousse la communauté à se sentir coupable de l'avoir conduite au suicide puis à prier assez fort pour la faire miraculeusement revenir. Le jeu de Valeria Golino, la principale interprète, est formidable, celui de ses fils aussi. Les pêcheurs, faciès de pirates, sont aussi très convaincants dans leur machisme : ils sont aussi capable de "s'éclater" avec le train électrique gagné par le benjamin de Grazia : ce sont aussi des pères ordinaires. (Prix de la critique, Cannes 2003).






 

Tag(s) : #AU CINEMA, #ITALIE