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Nous sommes en 1891-1892, en Sicile bien sûr. Un petit commerçant de Montelusa, Pippo Genuardi veut installer une ligne téléphonique privée qui le relie à la maison de son Camilleri-telephonebeau-père Emanuele Schiliro – et donc de sa jeune épouse Lillina. Vous trouvez cela normal ? Bien. Pourtant cela sera fatal aux deux hommes, ce qui est plutôt étrange même dans l'univers souriant d'Andrea Camilleri. Cette coupe dans la société sicilienne nous montrera plus encore une caricature farcesque de l'administration après l'Unité italienne, au moment de l'arrivée au pouvoir de Giolitti.

Rien de plus barbant, pensez-vous, que la correspondance administrative ? Eh bien vous vous trompez lourdement et vous changerez d'avis en lisant ce roman. La trouvaille de l'auteur a consisté à alterner des scènes dialoguées, des articles de presse fictifs, et des courriers administratifs et à y insérer des considérations personnelles inattendues. Autant d'indications des arrières-pensées de personnages drolatiques aux noms savoureux et prêts à intriguer.

Depuis le carabinier de Vigàta jusqu'au ministre de l'Intérieur, en passant par le préfet de police et le directeur des postes, c'est toute l'administration qui s'agite autour de Pippo au risque de le confondre avec un dangereux poseur de bombes car la Sicile voit s'organiser un faisceau des paysans et s'introduire le socialisme révolutionnaire. D'autre part, la pose des poteaux du téléphone nécessitant l'accord des propriétaires fonciers, Pippo pourra-t-il éviter les services d'un parrain tel que don Lollo pour trouver des solutions ? Et s'il a recours au chef mafieux, Pippo deviendra-t-il pour autant un criminel puni par la justice ? Un avocat exerçant depuis la prison de l'Ucciardone fera merveille.

Dans ce jeu du pouvoir, il y aura des gagnants et des perdants. Et un fonctionnaire qui perd son poste en Sicile, qu'en faire sinon le muter en Sardaigne ? Justement, plusieurs postes y sont vacants...

Andrea CAMILLERI
La concession du téléphone

Traduit de l'italien (et d'une bonne dose de sicilien) par Dominique Vittoz
Fayard 1999 (éd. originale : Ed. Sellerio, Palerme, 1998)
Livre de Poche n°15052 (280 pages).


• Précédent compte-rendu : La Vampa d'Agosto




 
Tag(s) : #LITTERATURE ITALIENNE