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• Pour commencer par le plus simple, ce film c'est l'aventure personnelle d'une Chilienne qui rentre au pays, à Santiago, après l'exil parisien où elle est devenue documentariste. Carmen CASTILLO a été expulsée il y a plus de trente ans, après l'assassinat de son compagnon par les troupes de Pinochet suite au putsch du 11 septembre 1973. Elle retrouve son quartier de la Calle Santa Fe, maisons basses, petites cours, des gens modestes, ses anciens voisins, la reconnaissent. Elle achetait des cigarettes viceroy. Elle enseignait l'histoire et la géographie. Maintenant, revenue au Chili elle voudrait racheter la maison où le crime s'est produit, où elle fut blessée et perdit l'enfant qu'elle portait. Elle retrouve aussi sa famille, dans une villa en bord de mer. Un autre milieu social. Des proches qui ne comprennent pas vraiment son engagement politique, et n'y voient que son entêtement. Est-ce que cela aurait du sens de faire de cette maison un mémorial ?

Carmen-rue-Sta-fe.jpgExtrait 1- Carmen Castillo sur les lieux du drame rue Santa Fe


• Deuxième approche: histoire politique. Dans les actualités filmées au temps de la présidence de Salvador Allende, Carmen Castillo a sélectionné des extraits pour faire revivre le MIR. Son compagnon, un médecin du nom de Miguel Enriquez fut en effet l'un des fondateurs de ce mouvement de la gauche révolutionnaire, créé en 1965 et qui soutint le président socialiste. Situé à l'extrême-gauche, le MIR encadre les ouvriers et surtout (je le dis d'après les images) les paysans pauvres, à la fois au nom l'indianité –le mouvement Mapuche– comme aujourd'hui on le voit dans les pays andins, et au nom de la lutte des classes. Les paysans sans terres occupent des domaines.

 

Vient le putsch du général Augusto Pinochet en 1973 : des images rarement vues de soldats à l'action dans Santiago montre divers moments de la répression. Chef de la résistance, Miguel Enriquez est tué les armes à la main le 5 octobre 1974, rue Santa Fe. Les miristes pourchassés hésitent entre exil et clandestinité. Plus tard, les dirigeants souhaitent le retour des exilés ; les clandestins reviennent et se font arrêter au Chili ou dans les pays voisins. Après 1985 la démocratie au moins formelle renaît au Brésil puis en Argentine et c'est enfin le tour du Chili. À ce moment, au lieu de triompher, les dirigeants survivants du MIR proclament sa dissolution en 1989. Une femme raconte quel choc ce fut : on lui dit de penser à se marier, d'avoir des enfants, d' aller à l'université. Elle fut si choquée qu'elle dut consulter un psychiatre.

MIR.jpgExtrait 2 - Une manifestation dans le Chili post-Pinochet


• Alors que le Chili est aujourd'hui présidé par une femme, que s'est tournée la page Pinochet, la troisième lecture est une  réflexion sur l'engagement ; elle réunit mémoire et interrogations : Miguel et les autres miristes sont-ils morts pour rien ? Le MIR a-t-il eu tort ? Est-ce que les jeunes chiliens qui écoutent des rappeurs aujourd'hui savent qui était Miguel Enriquez ? Tandis que les enfants des militants et militantes déplorent leur abandon par des parents qu'ils ont jugé uniquement préoccupés par la satisfaction de leur ego idéologique, leurs mères se retrouvent dans les ruines de la Villa Grimaldi où les gauchistes étaient torturés par les sbires de Pinochet. Elles allument des bougies en mémoire des victimes, mortes et disparues. Le film se termine sur la liste alphabétique des 800 disparus – et non pas sur l'accession à la présidence de Michelle Bachelet, une social-démocrate. Finalement, c'est la nostalgie qui est la plus forte.

Rue Santa Fe - Documentaire de Carmen Castillo - 2007 (2h 40)


 

 

 

Tag(s) : #AU CINEMA, #CHILI