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Publié par l'auteur espagnol en 1980, "L'air d'un crime" n'est pas un polar comme les Benet.jpgautres. D'ailleurs s'agit-il d'un polar ? Suite à la découverte du cadavre d'un blond inconnu sur la place du village de  Bocentellas, l'histoire semble partir dans diverses directions pour dessiner un certain nombre de personnages, au lieu de faire un enquête en règle à partir du mort tandis que le juge d'instruction tarde à venir de Regiòn.

Ainsi rencontrons-nous toute la société d'une province reculée, appauvrie par une guerre encore proche, dans le Nord du pays, à une époque qui se situe entre 1955 et 1970. Non loin du village, dans la montagne, un fort, le château de San Mamud, domine la sauvage vallée du Torce. Là règne le capitaine Medina qui a l'habitude de s'assurer de la loi et de l'ordre et de pourchasser les déserteurs et les évadés. Mais les choses vont se dégrader, sous le regard du vieux docteur Sebastiàn, de Fayòn l'exilé républicain de retour au pays, et de l'ironique colonel Olvera, assigné à résidence au fort.

Le fort abrite une garnison mais aussi des prisonniers de droit commun. L'un d'eux, le gangster valencien Luis Barcelo s'est évadé. Un passeur, Amaro, a été recruté par son chef de bande, monsieur Peris, pour lui faire quitter la région. Amaro, dont la fille handicapée a été violée par Barcelo fait du chantage en enlevant la Chiqui. Dans le bar qu'elle a ouvert près du village, la Tacon attend le retour de son amant, le fameux Luis. Elle avait présenté la Chiqui, sa protégée, au capitaine Medina… L'aventure va pousser l'officier au meurtre : mais pas du blond inconnu !

L'écriture de Juan Benet requiert l'attention du lecteur ; il jette le trouble et sème des indices en évoquant des personnages secondaires pour l'action mais important pour l'atmosphère. Loin de Regiòn, où l'expansion économique est prévisible, les villages et les fermes isolées ont un parfum d'abandon. La ruine est dans le paysage, dans les mines, dans les ambitions des personnages.

Juan BENET
L'air d'un crime

Traduit par Claude Murcia
253 pages. Éditions de Minuit (1987) et 10/18



 

Tag(s) : #LITTERATURE ESPAGNOLE