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«Le tour de la prison» est un recueil posthume susceptibles d'intéresser trois publics : les fidèles de Marguerite Yourcenar, les inconditionnels de la culture japonaise classique, et, à la rigueur, les amateurs de récits de voyage.

L'auteur n'a pas été élue sans raison à l'Académie française. Son étonnante culture ne l'empêche pas, bien au contraire, de nous ravir par des phrases épatantes qu'on aimerait retenir. Exemple : « Plus loin encore, une ville sauvagement américanisée se dresse, qui semble née de l'union d'un silo et d'une pompe à essence, bénie par un ordinateur.» Mais, une fois le Pacifique traversé, sur les terres de vieille civilisation, il conviendra d'être plus sérieux. Bien se tenir, quoi.

Car au cœur du livre, il y a un projet de tour du monde. La formule de Zénon dans L'Œuvre au noir est reprise en exergue : "Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins le tour de sa prison ?" Bien loin de promouvoir le  tourisme de masse, ces textes sanctifient un tourisme exigeant. Ainsi faut-il «éliminer en pensée la pollution d'Athènes.» Ou encore : «Pour suivre le pèlerinage de Bashô [un moine bouddhiste] dans la campagne japonaise, il faut éliminer en esprit l'autoroute moderne qui coupe en deux les paysages d'autrefois, supprimer les grandes villes industrielles sur l'emplacement des rustiques barrières que peignit Hiroshige, et décupler ou centupler le temps pris par son pélerinage.» Facile à dire!

Marguerite Yourcenar ne s'est pas déplacée pour le pachinko, le karaoké ou le métro bondé, mais pour accéder aux normes japonaises du théâtre sans femme : les marionnettes du bunraku, le kabuki, le nô. Elle rencontre, éblouie, des acteurs dans leur loge. Elle s'émerveille du travail d'un artisan « trésor national vivant ». Elle s'émerveille aussi des jardins japonais. Elle fait un pèlerinage à la maison de Mishima et évoque son "suicide de nostalgie" en 1970, nostalgie du temps des samouraïs, évocation logiquement suivie de celle des 47 rônins, guerriers sans maîtres, et de leur seppuku. Elle croise aussi quelques étrangers, présents ou passés, tel Lafcadio Hearn, écrivain voyageur qui lui aussi écrivit sur le Japon. Et craque devant un kimono.

Marguerite Yourcenar
Le tour de la prison
Gallimard 1991 -187 pages.




 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE