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D'emblée on est ravi. L'écrivain Norden qui a été soixante-huitard en son jeune temps renonce à l'autofiction et se met à écrire… à la troisième personne du singulier : de l'audace ! de l'audace ! encore de l'audace ! — comme dirait Danton — et la France des Lettres sera sauvée! 

Quand ledit Norden est contacté par téléphone pour préparer le scénario d'un film sur Louis XVII, il connaît si peu ce personnage qu'il se plonge dans le Robert des Noms propres avant de donner son accord. Vite, à force de lectures à la Très Grande Bibliothèque, ses connaissances historiques ont progressé à pas de géants et Norden est métamorphosé en spécialiste du dernier Dauphin. Vite, il pressent des acteurs, leur explique leurs rôles tandis que Dora, une star de la télé culturelle, l'invite à lui gratter le cou-de-pied. Bientôt, s'il préfère écrire un roman plutôt qu'un scénario, c'est à cause du péché d'orgueil de la productrice ignare — dont on n'entendra pas plus parler par la suite que des acteurs prévus pour le film !
Pas de doute. Tous les royalistes et "nouveaux réactionnaires" seront heureux du résultat et verront dans ce livre une "divine surprise". Les Michelet, Soboul, Jaurès et autres Furet n'ayant au mieux considéré la mort de l'enfant-roi que comme dégât collatéral de la Révolution, Christophe Donner nous invite à déchiffrer le règne de Louis XVI et de la I° République à l'aide une machine "énigma" sans pareille : le "Père Duchesne" de Jacques Hébert. C'est lui le coupable de la mort de Louis XVII : un crime parfait puisque le coupable mourut avant sa victime. Le rival terroriste de Robespierre est d'abord présenté comme un gringalet, dandy décadent et désargenté. C'est lui qui dans sa jeunesse scabreuse* et décorée du point d'Alençon s'est mis en tête d'en finir avec le boulanger, la boulangère et le petit mitron.

Louis-XVII.jpgLa Révolution parisienne voit ainsi monter de sa province un journaliste de terrain, lucide manipulateur qui nourrit à merveille les pulsions égalitaristes et sanguinaires des Sans-Culottes par sa feuille incendiaire et grossière — foutre et bougre étant ses expressions favorites. Reconnaissons à Christophe Donner le mérite de faire revivre l'écriture de Jacques Hébert car la seconde partie d' "Un roi sans lendemain" pourrait rivaliser avec une anthologie du "Père Duchesne". En même temps nous lisons la chronique de la vie intime du roi, de la reine ("premier sex-symbol de notre histoire nationale"), de son amant Fersen, et de leur enfant-martyr mort au Temple en 1795: le petit Louis**.

Donner historien est époustouflant. Saviez-vous que la Révolution n'est que la conséquence mécanique de l'expulsion des Jésuites ? Cet événement fit tellement couler le niveau de l'enseignement des élites, dès lors contaminées par les pseudo-Lumières, que la France partit à vau-l'eau. La Révolution ne fut que violence sadique ; la guillotine fut son alpha et son oméga. On croyait tout savoir. Théodore Gosselin dit G.Lenôtre (1855-1935) qui, lui, avait eu la chance d'étudier chez les Jésuites, ne nous avait-il pas tout dit de la tragédie révolutionnaire? — La Guillotine et les exécuteurs, La Captivité et la mort de Marie-Antoinette, Le Drame de Varennes, Les Massacres de Septembre, Louis XVII et l’énigme du Temple, et j'en passe. On le savait bien, la Révolution ne s'était pas appliquée les droits de l'homme à elle-même, les Sans-Culottes manquaient de jugeotte, et bien des Grands Hommes étaient de petits salauds... Le décalage entre la réalité et la Légende dorée de la Révolution était et reste immense : Alain Finkelkraut en frémit. Oui, on sait tout cela. 

Et pourtant on dévore ce bouquin — parce qu'il est léger, coquin et irrévérencieux…

Christophe DONNER
Un roi sans lendemain
Grasset, 2007,378 pages
* L'aventure d'Hébert avec la pharmacienne d'Alençon est contée différemment par Claude Manceron, dans "Les Hommes de la Liberté", tome II, chapitre 15, Robert Laffont, 1974.
** Un site pour se documenter sur Louis XVII : et lire notamment l'aventure de son coeur présumé jusqu'aux analyses d'ADN et l'apothéose en 2004 à Saint-Denis.







 

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE