Blaine McCormick a adapté l'autobiographie de Ben Franklin pour le lecteur contemporain à l'occasion du 300e anniversaire de sa naissance : 1706. Le sous-titre accrocheur, "America's Original Entrepreneur", s'explique par l'intention de l'éditeur : nous apprendre comment on devenait chef d'entreprise dans les colonies au XVIIIe siècle, quelle était la morale des affaires, et comment on entrait en politique.

Né à Boston de pieux parents presbytériens, Franklin n'était pas enthousiasmé par la fabrication familiale de cierges et de bougies. Embauché comme apprenti (non payé) par son frère imprimeur à Boston, il l'abandonna vite pour aller tenter sa chance à Philadelphie. Il y fait merveille dans l'imprimerie après un stage professionnel à Londres. Revenu à 20 ans dans la colonie, il réussit à emprunter pour créer sa propre affaire — d'abord avec un associé. Il travaille dur, se fait un nom, épouse Deborah à 24 ans, lance un journal et en 1732 publie «l'Almanach du Pauvre Richard» qu'il éditera pendant un quart de siècle. En 1733 il installe à Charleston une nouvelle imprimerie confiée à un associé. Dès lors la fortune ne cesse de lui sourire. Mais pendant longtemps il vit très modestement, marqué par son sens de l'économie et son éducation puritaine qui le tiennent éloigné de la bière et des jeux de cartes des tavernes. Il dénonce d'ailleurs l'ivrognerie des ouvriers imprimeurs de Londres trop amateurs de bière et plus tard l'ivrognerie des Indiens trop portés sur le rhum.

Benjamin Franklin, on le connaît comme scientifique (le paratonnerre !) mais c'est surtout un incessant lanceur de projets. Il se sert de son métier pour publier des brochures pour les diffuser. Dans la même perspective, il convainct les douze membres de son club, le "Junto", d'en pratiquer l'essaimage. Il est à l'origine de la première bibliothèque, de l'éclairage public et de la compagnie de pompiers de Philadelphie, comme de la milice et de l'université de Pennsylvanie. Le conseil de gestion de l'Université étant composé d'un représentant de chaque secte religieuse, lui le déiste non pratiquant, il se retrouve choisi pour sièger avec eux à la mort du frère morave qui les avait tous exaspérés. Dans ce choix sa réputation d'honnêteté avait certainement été décisive. Benjamin Franklin avait d'ailleurs entrepris de dresser la liste des douze vertus nécessaires à l'honnête homme et au chef d'entreprise qui habitait Market Street. Un jour un Quaker de ses amis, sans doute avec une pointe d'humour, lui fit ajouter une treizième : l'humilité.

Dès 1736 il devient Secrétaire de l'Assemblée Générale qui assiste le Gouverneur de Philadelphie nommé par Londres. Il occupe longuement la charge de Maître de la Poste de la colonie. Discute avec les gouverneurs qui l'invitent à boire du vin de Madère. Donne des conseils aux généraux anglais —  sans résultat en ce qui concerne Braddock dont les Indiens extermiment l'armée près de Fort Duquesne. L'incompétence du gouverneur Lord Loudoun est également soulignée et Ben s'impatiente face à ce militaire qui ne sait même pas se décider à faire partir pour l'Angleterre les trois navires de la poste et les fait attendre six semaines à Sandy Hook ... En 1757, il lui tarde en effet de quitter New York pour Londres afin d'obtenir, en tant que représentant de l'Assemblée de Pennsylvanie, que la famille Penn soit, comme les autres, taxée pour ses terres. Ce sera un long procès et l'accélérateur de sa carrière politique — pas traitée dans l'Autobiographie qu'il commença à rédiger en 1771.

Cinq ans plus tard, il signera la déclaration d'Indépendance et en 1789 adressera au Congrès une protestation contre l'esclavage. Il est mort le 17 avril 1790 à Philadelphie, sa ville d'adoption qui lui a érigé de nombreuses statues. Benjamin Franklin s'est mis en scène en multipliant les considérations morales et les anecdotes savoureuses : les unes et les autres nous apprennent beaucoup sur ce contemporain des Lumières.

Benjamin Franklin
Autobiographie
Éditée par Blaine McCormick,
Entrepreneur Press, 2006, 266 pages



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