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Roer II de Sicile, c'est lui le "sultan" à Palerme. La conquête normande a laissé en Sicile, du moins dans un premier temps, une forte proportion de musulmans. D'ailleurs Roger —le père de Roger II— s'était appuyé sur tel ou tel émir pour prendre pied dans l'île. Et l'on sait que de Roger de Hauteville à Frédéric II la Sicile fut gouvernée par des souverains qui eurent généralement des relations positives avec l'islam, pour la grande colère de bien des Papes. J'ai donc ouvert ce roman pour cette première raison. La seconde est que le personnage central est le cartographe Idrisi que l'on accompagne du Palais de Roger II jusque chez l'émir de Syracuse et dans la campagne de Noto. Enfin, troisième raison, parce que l'auteur est de culture musulmane, né à Lahore en 1947, et installé à Londres.

La force de ce roman est en effet de tenter de prendre le point de vue méconnu des musulmans vivant sous la domination normande, qu'il s'agisse de l'entourage du "sultan Rujari" avec Idrisi et son ami Philippe al-Mahdia présenté comme le successeur de Georges d'Antioche, l'amir al-bahr, le puissant mécène qui fit construire la Martorana de Palerme, ou qu'il s'agisse de comparses, ainsi des paysans de l'intérieur. L'action démarre quand Idrisi ayant terminé ses travaux de cartographe, les dédie au prince : c'est le kitab al-Rujari. Mais Roger II est au terme de sa vie et tous s'interrogent et avec crainte quant à l'avenir. Les barons normands et les prélats trouvent un prétexte pour abattre Philippe al-Mahdia, justement suspecté d'être faussement converti au catholicisme, et ainsi montrer aux musulmans qu'ils n'ont qu'à bien se tenir. Les émirs et les prédicateurs musulmans veulent au contraire une insurrection qui libérerait l'île de la domination chrétienne. Force aussi, avec le recours à des citations de poètes d'autrefois, siciliens, arabes et andalous.

La faiblesse de ce roman ? D'abord l'intrigue ne justifie pas le titre : le récit est centré sur Idrissi, sa famille et ses amours multiples. Certes on rencontre Roger II et son fils Guillaume Ier, mais le sel de l'histoire est bien dans les relations du cartographe avec Mayya, une courtisane du harem royal et avec sa demi-sœur Balkis épouse d'un émir cocufié tandis que des agitateurs comme l'Éprouvé tentent de soulever les fidèles du Prophète. Ensuite, le récit ne paraît pas toujours extrêmement cohérent : par exemple, Idrissi, après avoir retrouvé la trace de son fils Walid installé à Venise, annonce qu'il va lui rendre visite et au lieu de celà il s'embarque pour Bagdad — « La ville qui sera toujours à nous. La ville qui ne tombera jamais.» Et puis ces personnages semblent davantage sortis d'un conte que d'un roman (certains peuvent y voir une qualité): je veux dire peu d'épaisseur pyschologique, des réactions convenues. Enfin des détails sur lesquels j'ai tiqué : page 101, un voyageur qui s'embarque de Palerme "de bon matin avec la marée" (!) ou page 305 "un poète mineur de Noto, hôte assidu des bars et des bordels" (!) — Ce qui fait que je ne sais plus si l'action se passe en Méditerranée au XIIè siècle ou dans un port de l'Atlantique en 2000.

Tariq ALI
Un sultan à Palerme
Roman traduit de l'anglais par Diane Meur
Sabine Wespieser, 357 pp, 2007



Tag(s) : #HISTOIRE MOYEN AGE