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Je vous invite à donnerALAMUT dépayse le lecteur français car l'action se passe dans les montagnes du Nord de l'Iran, en 1092. Le récit se met en place avec l'arrivée de deux personnages à Alamut. D'abord, Halima, une jeune esclave, est escortée après avoir été achetée à Boukhara. Puis vient un jeune homme, Avani ibn Tahir qui se rend lui, volontairement à la forteresse, pour se mettre au service du chef des Ismaéliens, des Chiites hostiles au pouvoir seldjoukide d'origine turque qui règne à Téhéran et Bagdad. Tandis que Halima fait connaissance des autres pensionnaires d'une sorte de harem luxueux qui contraste avec la sévérité des lieux, Ibn Tahir apprend à devenir un fedayin au milieu d'autres soldats qui suivent une instruction complète mais dure. Le lecteur découvre petit à petit l'originalité de cette institution, sorte d'ordre militaire et religieux, que gouverne en despote Hassan ibn Saba. Les jeunes soldats sont entraînés au sacrifice suprême et pour les fanatiser totalement, celui qu'ils appellent Seïduna, alias le "Vieux de la Montagne", leur "ouvre les portes du paradis". Après avoir absorbé une dragée au haschich (cultivé sur place), Ibn Tahir et deux de ses camarades passent une nuit dans les bras des "houris" toujours vierges, dans un décor paradisiaque conforme à la description qu'en donne le Coran. Après avoir goûté aux délices du paradis, ils sont prêts à obéir aveuglément à leur Maître...
• L'histoire des Assassins ou Haschichins est celle d'une secte fondamentaliste. Il n'est pas sûr que ces combattants de la foi étaient drogués car le mélange s'est fait entre le mot persan signifiant "fondement" et le mot "haschich". Assassins et fondamentalistes donc. Mais en arrière plan de la description de l'implacable pouvoir de Hassan ibn Saba, le romancier nous invite à regarder vers l'Europe du XXe siècle et ses dictateurs. Quand Vladimir Bartol évoque un despote prêt à éliminer ceux qui l'ont aidé à parvenir au pouvoir, je ne peux que songer à Hitler et à la "nuit des longs couteaux", ainsi qu'à Staline et aux "procès de Moscou". De plus, Hassan est un véritable ingénieur des âmes. Or, justement, Bartol a écrit dans ce contexte-là. Il a d'ailleurs rédigé "ALAMUT" dans les années 35-37 en même temps que son compatriote Anton CILIGA écrivait cet implacable réquisitoire contre le stalinisme qu'est "Voyage au pays du grand mensonge". Et —est-ce un hasard ?— les deux livres furent édités en 1938.
Vladimir BARTOL
A L A M U T
Traduit du slovène par Claude Vincenot
Phébus, 1988, réédité en 2001.
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