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Un personnage  extrordinaire de  l'histoire  du XIVe siècle !  Il n'est ni un saint, ni un pape, ni un prince.  Fils d'un aubergiste romain, Cola di Rienzo fit des études littéraires, rencontra Pétrarque et en devint l'ami. Après une mission auprès du pape Clément VI  en Avignon, il entra dans l'administration de la Commune de Rome et  le 1er août 1347 il fut porté au pouvoir par les Romains du "popolo minuto" contre le pouvoir des barons : maîtres des quartiers de la Ville, ils y possédaient des tours et vivaient des revenus des domaines agricoles situés dans le "contado" proche.
Cola di Rienzo est parvenu au pouvoir suite à une extravagante campagne politique. Ce grand "communicateur" utilisa des peintures sur bois ou des fresques pour populariser ses idées sur la rénovation de Rome. Il utilisa sans modération les allégories, faisant représenter Rome comme une femme implorante après la destruction de Babylone, Carthage, Troie et Jérusalem. En 1346 il avait organisé à Saint-jean de Latran une cérémonie imposante pour montrer aux Romains sa découverte : une plaque de bronze évoquant l'élection de l'empereur Vespasien. Devenu le maître de Rome il se chargea de titres empruntés au glorieux passé de la Ville. Il se fit surtout appeler tribun et ses étendards reprirent la célèbre abréviation : S.P.Q.R. Par ailleurs Cola di Rienzo réglait ses comptes avec les barons et le 20 novembre 1347 fut une journée noire pour l'aristocratie locale puisque près d'une centaine de nobles furent tués par le peuple furieux.

Cola di Rienzo avait mis de l'ordre dans l'ancienne capitale et rétabli son approvisionnement et le fonctionnement de la justice. Son ambition de mettre en place un "bon gouvernement" fait penser aux célèbres fresques de Lorenzetti à Sienne. Mais sa mégalomanie causa sa chute. Et le 15 décembre 1347 il se réfugia au château Saint-Ange puis s'éloigna de Rome abandonné par ses partisans. C'est alors que la Peste noire vint s'abattre sur Rome et qu'un séisme mit à mal de nombreux édifices alors que les pélerins affluaient pour le jubilé de 1350.

Cola di Rienzo était bien loin. Il s'exila à Naples puis à Prague auprès du roi de Bohême Charles IV qui le fit emprisonner puis le livra au pape. La mort de Clément VI lui donna une nouvelle opportunité : son successeur, Innocent VI, trouva astucieux de réexpédier Cola à Rome, sous le contrôle du cardinal Albornoz. Cola aidé de soldats et de l'argent de la "Grande Compagnie" de fra Moriale entra de nouveau dans Rome le 1er août 1354 et il s'empara de nouveau du pouvoir, acclamé par la foule rassemblée au Capitole. Mais les exactions qu'il commit contre certains Romains pour extorquer de l'argent et des exécutions capitales firent peur. Les barons eurent beau jeu de jouer de cette terreur et une courte insurrection mit fin à la vie de Cola di Rienzo le 8 octobre 1354. Il fut décapité, pendu par les pieds, brûlé, ses cendres jetées dans le Tibre…
Cola-di-Rienzo.pngVu les références de Cola di Rienzo aux auteurs et aux temps anciens, on a cru reconnaître en lui un précurseur de l'humanisme. En général l'aventure politique est interprétée comme une conséquence de l'absence de l'empereur et du pape, Rome étant livrée à elle-même, c'est-à-dire aux rivalités des barons. Les historiens du XIXe siècle virent en lui un précurseur du Risorgimento et de l'unité italienne (1860-1870): on lui dressa alors une statue là où il avait été tué. Dernièrement, il est fait de cette "révolution romaine" une lecture plus sociologique qui insiste sur les tensions entre groupes sociaux.
• Monique JALLET-HUANT : L'aventure impossible de Cola di Rienzo. Presses de Valmy, 2005, 155 pages.
C'est un livre de vulgarisation pour le grand public et non pas un ouvrage directement issu de travaux universitaires — dont voici deux références:
— Ronald G. Musto. Apocalypse in Rome: Cola di Rienzo and the politics of the New Age. University of California Press, 436 pp. 2003 (accessible par eBooks).
— Tommaso di Carpegna Falconieri, Cola di Rienzo, Éditions Salerno, Rome, 2002.
Ce dernier enseignant l'histoire médiévale à Urbino.

NB. On peut lire une fiche en italien avec des illustrations sur Wikipedia.it







 
Tag(s) : #HISTOIRE MOYEN AGE, #ITALIE