Wodka par Mapero

 S'ouvrir au monde sans pour autant sacrifier au relativisme culturel qui n'est que mépris de l'Autre.


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Vendredi 14 septembre 2007 5 14 /09 /Sep /2007 10:40


 Des vérités qui dérangent

• Malgré son titre accrocheur, ce livre n'a rien à voir avec les brûlots qui fustigent l'École à chaque rentrée scolaire. Très polémique, piqué à l'occasion de termes familiers, c'est un véritable réquisitoire, un dossier d'accusation lourd de preuves à charge contre le Ministère de l'Éducation Nationale et les hauts responsables de l'État. Président de l'Université Paris-Sorbonne, l'auteur sait de quoi il parle : il démontre «l'arnaque», l'imposture qu'est devenu le Baccalauréat depuis trente ans. Tous, — professeurs, inspecteurs, ministres— contribuent en connaissance de cause à la baisse du niveau d'exigence de ce diplôme qu'il faut massivement délivrer et, en conséquence, contribuent à l'échec de la majorité des bacheliers qui entrent à l'Université.

Jean-Robert Pitte dresse l'état des lieux sans mâcher ses mots. Histoire simple : depuis sa création par Napoléon en 1808 jusqu'aux années 1970, une minorité d'élèves, de milieu «bourgeois», obtenait le baccalauréat ; la majorité quittait l'école avec le certificat d'études et trouvait aisément un métier. Mais le baby-boom de l'après-guerre joint au bouleversement de la conjoncture économique des années 1970 ont amené à démocratiser et massifier l'enseignement afin de permettre au plus grand nombre d'obtenir ce diplôme, sésame anti-chômage croyait-on. En outre, lorsqu'en 1985 Chevènement souhaita que 80 % d'une classe d'âge atteigne le «niveau» du bac, on a vite oublié ce mot «niveau» et on a diversifié les voies d'obtention de l'examen : naissance du «bac professionnel». Qu'est-il résulté de cette regrettable obsession française du même diplôme pour tous ? Selon Jean-Robert Pitte, «un mensonge d'État, cynique et dévastateur».

• Car on a augmenté le nombre de lycéens sans adapter à un public socialement et culturellement plus hétérogène ni les manières d'enseigner, ni les programmes. Ainsi se retrouvent «bacheliers» des jeunes qui n'ont acquis ni les méthodes ni les savoirs nécessaires à leur succès dans l'enseignement supérieur. Car les professeurs ont dû s'adapter et réduire leurs exigences. Des preuves ? Chaque années le nombre de lauréats augmente ; la cuvée 2007 —avec 83,3 %— entre au livre des records. Non point que le niveau des candidats s'élève — Jean-Robert Pitte révèle les contraintes de surnotations imposées aux correcteurs des copies du bac, les barèmes «bricolés» en toutes séries, l'incitation à la bienveillance, l'abandon de toute pénalisation de l'orthographe et de la syntaxe. Et si un correcteur refuse ce laxisme occulte, il est remplacé par un plus docile. Les recteurs eux-mêmes cautionnent ces pratiques.

• La charge de l'auteur est claire, son objectif également : «viscéralement allergique à l'égalitarisme», «l'égalité des des chances ne signifie pas selon lui «le bac pour tous» ; de surcroît cette orientation entraîne le naufrage de l'Université. L'Éducation Nationale refuse d'admettre que l'École n'échappe pas aux inégalités, que les élèves ne sont pas inégaux mais différents dans leur forme d'intelligence comme dans leur histoire personnelle. Et Jean-Robert Pitte de multiplier les exemples : Qui ignore que les les enfants des milieux défavorisés redoublent davantage en primaire ? Qui ignore que l'orientation en fin de Troisième est capitale ? Mieux vaut selon l'auteur faire apprendre un métier à un jeune que de le contraindre à l'ennui et au décrochage en Seconde générale. Qui ignore que la hiérarchie des filières du Bac reproduit la hiérarchie sociale quand seulement 6 % des bacheliers des séries technologiques et professionnelles tentent l'Université et y échouent massivement ? Qui ignore le mépris dont pâtit en France l'enseignement dans ces séries ? Quand y «être orienté» est vécu comme une sanction, une ghettoïsation des enfants de milieux défavorisés ? Qui ignore les inégalités d'un lycée à l'autre, d'une région à l'autre —avec 90 % de reçus dans l'Académie de Rennes et seulement 75 % dans celle de Créteil ? Qui ignore l'expansion du marché du soutien scolaire quand les parents peuvent payer 30€ une heure hebdomadaire ? Qui ose parler d'égalité des chances ?

Pour Jean-Robert Pitte la seule égalité ne consiste pas à «pousser» au Bac un maximum de jeunes mais à assurer à chacun le soutien nécessaire pour qu'il parvienne à dépasser ses entraves et à répondre aux exigences du parcours qui lui convient. C'est l'égalité dans la considération de chaque élève dans les attendus exigés comme dans l'aide apportée qui permet à chacun de construire sa chance.

• Sinon c'est l'enseignement à l'Université qui en pâtit à son tour. Comme Jean-Robert Pitte le rappelle, le baccalauréat constitue à a fois le couronnement des études secondaires et «le premier grade universitaire». Là est le problème : l'Université doit accueillir tous les candidats qui se présentent. Or, qui sont-ils ? Des bacheliers refusés en BTS, DUT ou classes préparatoires (CPGE) en raison de leur dossier juge insuffisant : car ces filières, elles, sont sélectives? Comme elle récupère les plus démunis, l'Université est devenue la «voiture balai» du Bac et une antichambre de l'ANPE.

• L'auteur avance deux solutions qui fâchent :

— non pas supprimer le baccalauréat mais le garder sous la forme du contrôle continu, plus équitable qu'un jury d'examen, moins onéreux qu'une session;
— rétablir une sélection à l'entrée de toutes les universités, pour ne retenir que les bacheliers dont les acquis et les compétences permettront d'assurer la réussite et l'insertion professionnelle — à ce jour, seules Paris IX Dauphine et Compiègne y sont autorisées.

Parents et lycéens tireront profit de cet essai. Son auteur n'a rien d'un passéiste nostalgique. C'est un homme de conviction, profondément républicain. Né dans le 19° arrondissement, d'un milieu peu favorisé, scolarisé à St-Joseph de Pantin, il a souffert de la discrimination de ses condisciples bourgeois. Mais ses parents lui ont appris à respecter l'école, l'autorité du savoir ; et ses professeurs lui ont inculqué la maîtrise de la langue, condition essentielle à la construction de l'esprit. Son parcours la force de sa réfutation : les origines sociales ne déterminent pas une vie, elles ne sont pas rédhibitoires si l'élève est accompagné et soutenu dans son projet. Il faut reconnaître la différence des intelligences, donc la diversification des voies de réussite, à égalité d'exigence pour chaque élève.

Jean-Robert PITTE  -  Stop à l'arnaque du bac
      Oh ! Éditions, 2007, 210 pages.




Par Mapero - Publié dans : EDUCATION
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Commentaires

loin de moi l'idée de vouloir laisser sur ce site un commentaire qui pourrait être interprété comme une reaction passionelle d'un jeune homme qui se sent de gauche malgré les temps qui courent mais les propos de Mr pitte me plonge dans un etat de confusion. Certes le niveau des universités francaises n'est pas celui de bien d'autres pays occidentaux mais l'accés de cette "instance" de la culture et du savoir n'est elle pas une chance pour notre société? La selection n'as pas a se faire a l'entrée mais elle se fait naturellement les plus faible tenu dans l'echec ou découragé quittent les amphis vers la vie active ou une autre formation mais d'autre attiré par ce type d'enseignement et malgré quelques difficultés s'en sortent trés bien. J'en suis d'ailleurs l'exemple vivant! Le lycée ne me plaisait guère et la fac m'a séduit je suis maintenant titulaire d'une maitrise en histoire ancienne et souhaite continuer la recherche aprés le passage de concours la fac a changé ma vie au point de vue de la culture ne faisons pas de notre pays une machine a cultivé l'élite mais plutôt une Bagdad du VIIIe siècle. Certes le système éducatif a ces lacunes mes fautes d'orthopraphes en sont la preuve flagrante mais la culture est pour tous même si elle ne débouche pas forcement sur un emploi.
Commentaire n°1 posté par anthony G le 12/10/2007 à 19h23
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