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LIU XIAOBO : la mort d'un poète

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Sources : Libération, Le Monde, The Guardian, The Financial Times, The New York Times.

 

• Liu Xiaobo : la Chine intransigeante jusqu'à la mort •

Même pour les derniers instants du prix Nobel qu'elles considéraient comme un criminel, les autorités chinoises ont gardé un contrôle total de l'information.

Un communiqué froid et officiel. C’est ainsi que la mort de Liu Xiaobo a été annoncée sur le site Internet des autorités de la ville de Shenyang où il est écrit que «plusieurs de ses organes étaient atteints et qu’il a été impossible de le sauver». Extrait de sa cellule, le prix Nobel de la Paix 2010 avait été hospitalisé début juin pour un cancer du foie en phase terminale.

En Chine, quelques minutes à peine après l’annonce du décès, le quotidien d’Etat Global Times lui a «dédié» un article tout aussi impersonnel, expliquant que le sexagénaire avait reçu les meilleurs soins possible. Des faits, rappelle le journal, confirmés par les médecins allemand et américain invités à venir à son chevet la semaine dernière. Les seules dates clés de son parcours mentionnées sont celles de son emprisonnement pour avoir «tenté de renverser le gouvernement» et la date à laquelle il a été diagnostiqué avec une hépatite. La conclusion reste tout aussi pragmatique : «Né en 1955 […] il a obtenu un master en 1984 et a commencé a travaillé en tant que professeur à l’Ecole Normale de Beijing. Il a obtenu son doctorat en 1988.» Point final.

Même si peu de chinois connaissent le véritable parcours du prix Nobel de la Paix, sur Weibo, le Twitter chinois, des réactions commencent à faire surface. Impossible d’écrire un post avec le nom du militant des droits de l’Homme, c’est donc le mot-clé «R.I.P» (rest in peace) qui est utilisé : «Je suis si triste, j’ai lu ses déclarations quand j’étais jeune. J’étais si naïve que je me mentais à moi-même en pensant qu’un jour notre pays allait changer», écrit une internaute. Des commentaires qui seront sûrement effacés de la toile dans les 24 heures, le temps aux autorités de faire le ménage sur Weibo.

• Stabilité et pouvoir

La vie de Liu Xiaobo aura été rythmée par la répression du gouvernement chinois, pas pour des appels à la violence ou à la révolte, mais pour des mots, simplement. Même pour ses derniers instants de vie, où le militant des droits de l’Homme semble avoir montré sa détermination jusqu’à la fin, Pékin aura voulu encore une fois garder le contrôle sur le sort du dissident.

Alors qu’il a toujours été difficile de connaître les conditions de détention de Liu Xiaobo, depuis son hospitalisation, les autorités chinoises avaient pris l’habitude d’actualiser son état de santé presque quotidiennement, comme pour faire preuve de bonne foi. Mais il est impossible de vérifier ces informations puisque même sa femme, Liu Xia, placée en résidence surveillée depuis 2010 sans raison légale, était et demeure soigneusement gardée.

En refusant de le transférer à l’étranger, en refusant d’accepter les demandes de Liu Xiaobo et de sa famille, en ignorant les appels de la communauté internationale, Pékin s’est montré intransigeant jusqu’au bout. Aux yeux des autorités, Liu Xiaobo restait un criminel qui devait purger sa peine. Ensuite, à la veille du congrès du parti communiste en novembre, étape de mi-parcours pour renforcer un peu plus le pouvoir du président Xi Jinping, il était inconcevable que ce dernier apparaisse en position de faiblesse en cédant aux pressions internationales. Aujourd’hui, la Chine a privilégié, une fois de plus la stabilité et le pouvoir de son parti unique. Liu Xiaobo est mort comme un criminel aux yeux de la Chine, comme un prix Nobel de la Paix aux yeux du monde. Il devient le premier Prix Nobel de la paix à mourir privé de liberté depuis le pacifiste allemand Carl von Ossietzky, décédé en 1938 dans un hôpital alors qu’il était détenu par les nazis.

(Source : Libération, Elodie Goulesque. )

 

Le poète et essayiste, emprisonné depuis 2009 en Chine, est mort d'un cancer du foie jeudi. Une voix pacifiste étouffée jusqu'au dernier souffle par le régime. Par Laurence Defranoux

• Liu Xiaobo, Nobel de la paix mort sans avoir vu son prix

Une chaise vide pour toujours. Dans l’histoire, seuls deux prix Nobel de la paix sont morts en captivité sans avoir pu recevoir leur récompense. Le journaliste allemand Carl von Ossietzky, en 1936, interné en camp de concentration par les nazis avant de mourir à l’hôpital. Et le poète chinois Liu Xiaobo, qui purgeait en 2010 une peine de onze ans de prison pour «subversion du pouvoir de l’Etat». Sa femme ayant été interdite de faire le voyage en Norvège, le prix avait été posé sur une chaise vide. Un geste fort qui, pensait-on, allait aider à sa libération. Mais Liu Xiaobo est mort ce jeudi, à 61 ans, d’un cancer du foie, extrait in extremis de sa cellule pour une chambre d’hôpital sous haute surveillance. Pourtant, il n’était ni un dangereux terroriste, ni un opposant prêt à prendre les armes pour renverser le pouvoir. C’était un poète, essayiste et critique littéraire qui croyait que la société civile, avec des moyens légaux, pouvait desserrer la chape de plomb que le Parti communiste chinois fait peser sur un cinquième de la population mondiale.

• «Cheval noir»

Il est né le 28 décembre 1955, d’un père professeur, qu’il disait sévère et brutal. Lorsque Mao envoie les intellectuels, la «neuvième catégorie puante», se «rééduquer à la campagne», l’adolescent suit sa famille dans les steppes de Mongolie intérieure. Déscolarisé comme tous les jeunes de sa génération, il se passionne pour Nietzsche et Kafka. A la fin de la Révolution culturelle, en 1976, les universités rouvrent et Liu, alors ouvrier dans le bâtiment, réussit l’examen d’entrée à l’université de Pékin, étudie la littérature et devient professeur de philosophie.

Il fréquente les salons poétiques mais méprise le petit cercle d’écrivains pékinois, qu’il trouve imbus d’eux-mêmes et dociles avec le pouvoir. En 1986, dans son article Crise!, il dégomme un par un ses pairs d’une plume acerbe et brillante : «La plupart des auteurs […] exhibent la pauvreté de leur imagination artistique par manque d’une force de création ancrée dans l’impulsion de la vie elle-même», «Liu Shaotang est le chantre d’idylles pastorales d’un laboureur et d’une tisserande dont la simplicité est si classique qu’elle est déjà rouillée.» En 1988, il faut un amphithéâtre pour accueillir tous ceux qui viennent écouter le «cheval noir» de la scène littéraire soutenir sa thèse. Marie Holzman, qui a traduit et lu ses textes, explique son succès : «Il était iconoclaste et véhément, ce qui est rare en Chine, et renouait avec la tradition littéraire du 4 mai 1919, celle qui voulait secouer la poussière de quelques siècles d’empire confucianiste.»

• En tenailles à Tiananmen

Invité à l’étranger, il passe trois mois en Norvège puis est en stage à l’université de Columbia, à New York, quand, en 1989, les étudiants chinois descendent pacifiquement dans la rue réclamer plus de liberté. «Liu Xiaobo était un peu déçu par le côté pépère et bourgeois des Occidentaux. Il avait en lui une soif d’absolu, un sens de la mission. Mais aussi une force de conviction étonnante pour un bègue, un courage exceptionnel et de grands talents d’organisateur», raconte son ami Michel Bonnin. Le jeune enseignant s’enthousiasme pour le mouvement et décide de rentrer à Pékin. Il a 33 ans et passe son temps sur la place Tiananmen avec ses étudiants, les conseillant et les morigénant. «Liu Xiaobo m’a raconté avoir été surtout touché par le rôle de la population, qui a soutenu profondément les jeunes et les intellectuels, allant jusqu’à descendre dans la rue pour bloquer les camions», se souvient l’historien. Le 2 juin, pour tenter de repousser la fin sanglante qui s’annonce, il lance une grève de la faim avec un chanteur célèbre, Hou Dejian. La nuit du 3 au 4 juin, alors que l’armée prend en tenailles la place Tiananmen, Liu et Hou se font négociateurs, et convainquent les jeunes de quitter la place avant le début du massacre.

Comme tant d’autres, Liu Xiaobo est emprisonné. Depuis sa cellule, il répond à une interview de la télévision chinoise, où il dit qu’il n’y a pas eu de morts sur la place Tiananmen. «C’était vrai, en partie grâce à lui, précise Michel Bonnin. Mais il y a eu des centaines de morts tout autour, les tanks écrasaient les gens, les soldats tiraient au fusil-mitrailleur. Ses propos ont été manipulés, et il se l’est reproché toute sa vie. A partir de là, il a été déterminé à ne plus se laisser avoir. Et à vivre dans la vérité.» Son modèle est Václav Havel, dramaturge tchécoslovaque, opposant antisoviétique élu Président après la «révolution de velours», en 1989. Marie Holzman cite un de ses articles : «Je me moque que vous m’appeliez traître ou patriote. Si vous dites que je suis un traître, je le suis. Je suis le fils ingrat qui déterre les tombes de ses ancêtres, et j’en suis fier.»

• La philosophie du porc

Lorsqu’il est libéré un an et demi après, l’intellectuel arrogant a disparu. Sa première femme a demandé le divorce, il voit peu son fils. Interdit d’enseigner et de séjourner à Pékin, il vit clandestinement dans la capitale et publie ses articles et poèmes à l’étranger, aux Etats-Unis ou à Hong Kong, en utilisant ce qu’il appelle «les zones grises de la liberté» pour faire passer ses idées. «C’était un fin analyste du système politique chinois, explique Jean-Philippe Béja, qui a publié en 2011 sous le titre la Philosophie du porc un recueil de ses articles. Ce n’était pas un radical, même s’il exprimait ses idées de manière radicale. Il était convaincu que le développement de la société civile finirait par éroder le pouvoir du Parti et aboutir à la démocratie. Mais pour cela, il fallait que les Chinois ne succombent pas à ce qu’il appelait la "philosophie du porc", c’est-à-dire la frénésie de consommation.» Chaque 4 juin, en mémoire de Tiananmen, Liu Xiaobo écrit un poème. «Ces textes sont très impressionnants, ils tournent autour du même thème et pourtant sont tous très originaux. C’était un grand poète», se désole Marie Holzman.

En 1989, Liu Xiaobo est tombé amoureux de Liu Xia, poète, photographe, peintre, de cinq ans sa cadette. Une histoire puissante et tragique, qui durera près de trois décennies. Ils se marient en 1998 dans le camp de travail où a été envoyé Liu. Sur son ordinateur, Michel Bonnin fait défiler les photos des moments passés avec eux dans les rares époques de liberté, lui avec un tee-shirt rigolo, elle pétillante. Tous deux sont soumis à une surveillance constante, les conversations enregistrées, le courrier lu. «Une fois, on est allés au restaurant. Aussitôt, cinq ou six hommes se sont assis à la table à côté pour écouter. Il était habitué», se rappelle Michel Bonnin.

• Dix mille signatures

Alors que le «printemps de Pékin» disparaît de la mémoire collective chinoise, étouffé par une censure impitoyable, Liu Xiaobo compte sur Internet pour faire circuler les idées. En 2008, l’année des JO de Pékin, il participe à la rédaction d’une pétition, la Charte 08, inspirée de la Charte 77 de Václav Havel. Le texte demande que les libertés de parole, de presse, d’association et de manifestation inscrites dans la Constitution chinoise soient respectées. Lorsque le texte apparaît, il est déjà signé par 300 personnes. Dix mille autres le signeront en trois mois. Plus que le contenu, plutôt modéré, c’est le fait que Liu Xiaobo ait pu coordonner un tel mouvement qui le conduit à sa perte. En 2009, après une parodie de procès de deux heures, il est condamné à 11 ans de prison pour ce que la presse chinoise nomme encore aujourd’hui «des activités destinées à renverser l’Etat».

«Il a été arrêté car il était capable de faire la liaison entre les diverses générations de dissidents, et avait de très bonnes relations avec les vieux dirigeants du Parti qui n’ont pas digéré le massacre du 4 juin, analyse Jean-Philippe Béja. L’exemple de l’Union soviétique et de l’Europe centrale et orientale a montré au pouvoir chinois que tout défi peut aboutir à sa chute. Dès qu’une personnalité qui pourrait fédérer les oppositions disparates apparaît, il n’hésite pas à utiliser tous les moyens pour l’empêcher de nuire et effrayer les candidats à sa succession.»

L’année suivante, Liu Xiaobo se voit décerner le prix Nobel de la paix. La Chine qualifie d’«obscénité» le choix d’un «criminel» et rompt ses relations avec la Norvège – les deux pays ne se sont reparlés que cet hiver. Les conditions de détention se font plus dures, et Liu Xia, qui faisait le lien entre le prisonnier et ses amis, est placée en résidence surveillée, en toute illégalité. Son isolement est si intense qu’elle tombe dans une profonde dépression. Le prix Nobel de la paix est enseveli sous une chape de silence. Durant huit ans, même son vieil ami Jean-Philippe Béja n’obtient que de rares nouvelles, et toujours de manière indirecte.

• Badminton et examens

Soudain, à la fin du mois de juin 2017, Liu Xia apprend en même temps que le monde entier que son mari est hospitalisé depuis un mois, en phase terminale d’un cancer du foie. Pour démontrer que le patient, pourtant censé être en liberté pour raisons médicales, n’a pas besoin d’aller à l’étranger, les autorités chinoises diffusent un montage cynique d’images d’archives de vidéosurveillance, où on le voit jouer au badminton et recevoir des soins de routine. Quelques jours plus tard, devant l’insistance de la communauté internationale, elles déclarent qu’il est «intransportable». Un diagnostic contredit par les médecins allemand et américain envoyés à son chevet.

« Chaque personne naît avec les droits intrinsèques à la dignité et à la liberté» affirmait la Charte 08. Jusqu’à sa mort, Liu Xiaobo, poète révolté mais pacifique, en aura été privé. Dans un acharnement que l’on peine à qualifier, le gouvernement chinois s’est opposé à son souhait de se faire soigner en Allemagne. Une des dernières images de lui, prise par des amis depuis un immeuble voisin, le montre serré contre Liu Xia. Tous deux se ressemblent étrangement, maigres et la tête rasée, unis jusqu’au bout dans l’enfermement.

Source Libération, Laurence Defranoux.

  

 

Le Monde

Mort de Liu Xiaobo, écrivain et dissident chinois, Prix Nobel de la paix

Par Brice Pedroletti LE MONDE | 13-14. 07.2017

« Subvertir le système du mensonge par la vérité » : c’était la mission que le dissident chinois Liu Xiaobo, mort jeudi 13 juillet à l’âge de 61 ans, s’était donnée. Sa capacité à la mener à bien fut sans doute proportionnelle, aux yeux du régime, à sa lourde condamnation en 2009 à onze ans de prison pour « incitation à la subversion de l’Etat ».

En recevant le 8 octobre 2010 le prix Nobel de la paix alors qu’il se trouve en prison, Liu Xiaobo devient un symbole extrêmement embarrassant pour le pouvoir chinois. La cérémonie de remise du prix, la même année, est une épreuve pour le pouvoir communiste. Son épouse Liu Xia n’a pas été autorisée à se rendre à Oslo, en Norvège, pour le recevoir. A la place, le comité Nobel installe une chaise vide sur la scène. L’actrice Liv Ullmann lit alors un long texte, tiré de la déclaration qu’il avait faite à son procès :

« Je veux redire à ce pouvoir qui me prive de ma liberté que je persiste dans la conviction que j’avais affirmée il y a vingt ans dans ma “Déclaration de grève de la faim du 2 juin” [lors du mouvement de Tiananmen en 1989] : “Je n’ai pas d’ennemis, je n’ai pas de haine.” »

Lors de ce procès, le dissident n’avait jamais pu prononcer son texte dans son intégralité, n’ayant pas été autorisé à parler plus longtemps que le procureur. A Oslo, le public se lève et applaudit longuement.

L’intransigeance du président Xi Jinping

Pour le pouvoir chinois, c’est bien un camouflet, mais la censure reste intransigeante. Le nom et les écrits de Liu Xiaobo sont déjà bannis dans le pays depuis des années. Pékin saisit cette occasion pour dénoncer l’Occident et ses « valeurs universelles », parvenant à limiter en Chine même les retombées de l’attribution de ce prix Nobel de la paix, le second qui la concerne directement depuis celui qu’a reçu, en 1989, le dalaï-lama en exil.

Liu Xiaobo, le 6 janvier 2008.

Xi Jinping, qui prend la direction du Parti communiste chinois en 2012 après la condamnation du dissident, n’a jamais cédé : malgré l’opprobre et les protestations internationales, malgré le sort réservé à l’épouse du dissident, Pékin refusera toujours d’accorder à Liu Xiaobo, qui souffre d’hépatite chronique, une remise de peine. A la suite de sa libération conditionnelle, il est transféré en juin dans un hôpital, alors que son état de santé s’est dégradé.

Sans aucun égard pour les protestations des pays occidentaux, des ONG et des défenseurs des droits de l’homme, dès 2010, la Chine soumet son épouse, Liu Xia, à d’intenses pressions. Placée de facto en résidence surveillée, privée de contacts avec l’extérieur par les agents chargés de l’espionner, la poétesse plonge dans la dépression. Lorsque des militants chinois s’organisent pour lui venir en aide, son propre frère est emprisonné et condamné à une lourde peine pour un contentieux commercial dénoncé par ses avocats comme un prétexte pour empêcher la famille de parler à la presse.

L’arrestation de Liu Xiaobo était intervenue fin 2008. Quelques semaines plus tôt, l’essayiste et dissident avait participé à la rédaction de la Charte 08, un manifeste qui appelait à la démocratisation de la Chine, et surtout rallié des signataires dans les milieux de la dissidence. Lors de son procès pour « incitation à la subversion », six de ses essais seront également retenus contre lui.

« Enfant terrible » de la critique littéraire

Liu Xiaobo était né en 1955 à Changchun, dans le nord-est de la Chine, de parents intellectuels et communistes – son père enseigne à l’université, puis dans une académie militaire. La Révolution culturelle (1966-1976) le prive de plusieurs années d’école. Mais il fera partie de la première génération à aller à la faculté, en 1977, quand celles-ci sont rouvertes : d’abord dans sa ville natale, puis dans la capitale, où il rejoint la prestigieuse université de Pékin en 1982, avant d’enseigner la littérature chinoise à l’Ecole normale en 1984.

Dans l’ébullition intellectuelle qui suit la politique d’ouverture lancée par Deng Xiaoping – à la tête du Parti communiste chinois de 1978 à 1997 –, Liu Xiaobo se fait connaître comme l’« enfant terrible » de la critique littéraire pour son ton iconoclaste. La presse chinoise et les universités se l’arrachent. En 1987, il part enseigner à Oslo, puis à l’université de Columbia à New York. Mais les événements de Tiananmen, en 1989, l’incitent à revenir à Pékin de manière anticipée.

En plein tumulte estudiantin, ses amis vont le chercher à l’aéroport, car ils craignent qu’il soit arrêté. Le jeune professeur ira très vite rejoindre les étudiants qui campent sur la place et parvient à gagner leur respect. Il rejoint un petit groupe d’intellectuels modérés qui tentent de négocier une issue à la crise après la proclamation de la loi martiale, le 19 mai.

A la fin du mois, il pousse ses camarades à faire une grève de la faim, pour « cesser de jouer aux intellectuels qui ne se mouillent pas », a raconté au Monde Zhou Duo, l’un des quatre « grands frères » qui, comme lui, se mobilisent aux côtés des étudiants. Les deux autres sont Gao Xin, également professeur, et le chanteur taïwanais Hou Dejian.

« Ne laissons pas la haine empoisonner notre sagesse »

« Nous n’avons pas d’ennemis ! Ne laissons pas la haine et la violence empoisonner notre sagesse et la démocratisation de la Chine ! », écrivent-ils dans un manifeste publié le 2 juin. « Liu Xiaobo en avait parlé beaucoup dans ses écrits, ça reflétait tout à fait sa posture, expliquait Zhou Duo à Pékin, le jour de l’attribution du Nobel. L’idée est qu’il fallait en finir avec cette culture de la violence que le Parti avait incrustée dans la tête des gens et qui faisait qu’il fallait toujours lutter, attaquer, annihiler un ennemi. »

Dans la nuit du 3 au 4 juin, les quatre négociateurs entreprennent de calmer les esprits. Leur médiation entre l’armée et les étudiants évitera un massacre sur la place – la majorité des victimes tombèrent ailleurs dans la ville. Liu Xiaobo sera toutefois arrêté le 6 juin 1989. La propagande le dénonce comme l’une des « mains noires » du mouvement et il est enfermé à la prison de Qincheng, dans la banlieue de Pékin. Il est libéré en 1991 après une autocritique diffusée par la télévision, dans laquelle il affirme qu’il n’y a pas eu de morts sur la place Tiananmen – ce qui est objectivement vrai.

Banni de la presse et de l’édition, ne pouvant enseigner, il devient l’un des rares intellectuels à vivre de leur plume – essentiellement en publiant à l’étranger. En 1996, c’est la signature d’un appel demandant l’ouverture d’une nouvelle période de coopération entre le Kuomintang, parti au pouvoir à Taïwan, et le PC chinois qui le mène pour trois ans en camp de travail. Cette politique sera en réalité mise en œuvre dix ans après, en 2005.

En 1999, au sortir de cet emprisonnement durant lequel il a échangé de nombreux poèmes avec sa femme, Liu Xiaobo découvre l’Internet, « cadeau de Dieu à la Chine », comme il l’explique en 2009 dans un essai où il raconte les temps fastidieux d’avant sa libération, quand il devait parcourir Pékin à vélo pour trouver un fax et envoyer ses articles à l’étranger.

Dénonciation des manipulations historiques du pouvoir chinois

Inspiré par la démarche de l’ancien président tchèque Vaclav Havel, souhaitant « vivre dans la vérité », Liu Xiaobo n’aura de cesse pendant cette dernière décennie de liberté de dénoncer les manipulations historiques et la distorsion des informations que met en œuvre le pouvoir communiste. Son analyse puise dans la continuité du mouvement démocratique chinois, consulte les courants de pensée occidentaux, et est à l’écoute du Weiquan Yundong, un mouvement de défense des droits naissant, animé par des avocats.

La Charte 08, qu’il lance après les Jeux olympiques de Pékin, avec le théoricien Zhang Zuhua, est en fait une proposition pragmatique au Parti communiste : mettre en place, au nom justement de la sacro-sainte stabilité, des contre-pouvoirs dans une société en développement rapide comme la Chine. Elle s’inspire, bien sûr, de la Charte 77 de Havel. Liu Xiaobo est arrêté la veille de la publication du document, signé initialement par 300 intellectuels avant de recueillir près de 10 000 noms.

Sa condamnation à onze ans de prison tombe le jour de Noël 2009, ultime pied de nez aux Occidentaux qui appellent à sa libération. Dans la déclaration qu’il fait parvenir à la cour avant le verdict, Liu Xiaobo se dit « rempli d’optimisme à l’idée qu’un jour la liberté régnera en Chine, car aucune force ne peut s’opposer au désir des hommes d’être libres ». Puis il conclut : « J’espère que ces progrès se refléteront dans le procès qui m’est fait, et j’attends avec impatience le verdict de la cour – un verdict qui puisse passer l’examen de l’histoire. »

Liu Xiaobo en dates

28 décembre 1955 Naissance à Changchun, dans le nord-est de la Chine.
1987 Enseigne en Norvège, puis aux Etats-Unis
1989 Revient en Chine pour participer au ­mouvement démocratique de Tiananmen. Est arrêté le 6 juin.
1991 Est libéré.
1996-1999 Nouvel emprisonnement.
2008 Rédaction de la Charte 08.
2009 Est condamné à onze ans de prison pour « incitation à la subversion de l’Etat ».
2010 Reçoit le Prix Nobel de la paix
13 juillet 2017 Mort à l’âge de 61 ans.

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The New York Times 

• Liu XIabo, Chinese Dissident Who Won Nobel Prize While Jailed, Died at 61

By Chris Buckey, New York Times, July 12, 2017.

BEIJING — Liu Xiaobo, the renegade Chinese intellectual who kept vigil at Tiananmen Square in 1989 to protect protesters from encroaching soldiers, promoted a pro-democracy charter that brought him a lengthy prison sentence and was awarded the Nobel Peace Prize while locked away, died under guard in a hospital on Thursday. He was 61.

The Bureau of Justice in Shenyang, the city in northeastern China where Mr. Liu was being treated for liver cancer, announced his death on its website.

The Chinese government revealed he had cancer in late June, only after the illness was virtually beyond treatment. Officially, Mr. Liu gained medical parole. But even as he faced death, he was kept silenced in the First Hospital of China Medical University, still a captive of the authoritarian controls that he had fought for decades.

He was the first Nobel Peace Prize laureate to die in state custody since Carl von Ossietzky, the German pacifist and foe of Nazism who won the prize in 1935 and died under guard in 1938 after years of maltreatment.

After multiple treatments, Liu Xiaobo’s condition continued to deteriorate,” the Shenyang Bureau of Justice said in a statement. “On July 10, he entered a state of rescue and intensive care, and on July 13, he died due to multiple organ failure after attempts to save him failed.”

The police in China have kept Mr. Liu’s wife, Liu Xia, under house arrest and smothering surveillance, preventing her from speaking out about Mr. Liu’s belated treatment for cancer.

"Can’t operate, can’t do radiotherapy, can’t do chemotherapy" Ms. Liu said in a brief video message to a friend when her husband’s fatal condition was announced. The message quickly spread online.

Mr. Liu’s illness elicited a deluge of sympathy from officials, friends, Chinese rights activists and international groups, who saw him as a fearless advocate of peaceful democratic change.

"The reaction to his illness shows how much he was respected,” said Cui Weiping, a former professor of literature in Beijing who knew Mr. Liu and now lives in Los Angeles. “People from all walks of life — friends, strangers, young people — have been outraged to hear that someone with terminal cancer was kept locked up till he died.”

Zeid Ra’ad al-Hussein, the United Nations high commissioner for human rights, said on Thursday, “The human rights movement in China and across the world has lost a principled champion who devoted his life to defending and promoting human rights, peacefully and consistently, and who was jailed for standing up for his beliefs.”

Terry E. Branstad, the United States ambassador to China, said in an emailed statement, “China has lost a deeply principled role model who deserved our respect and adulation, not the prison sentences to which he was subjected.”

He added, “We call on China to release all prisoners of conscience and to respect the fundamental freedoms of all.”

Mr. Liu was arrested most recently in 2008, after he helped initiate Charter 08, a bold petition calling for democracy, the rule of law and an end to censorship.

A year later, a court in Beijing tried and convicted Mr. Liu on a charge of inciting subversion. The petition and essays he wrote in which he upbraided and mocked the Chinese government were cited in the verdict. Mr. Liu responded to his trial with a warning about China’s future.

"Hatred can rot a person’s wisdom and conscience,” he said in a statement he prepared for the trial. “An enemy mentality will poison the spirit of a nation and inflame brutal life and death struggles, destroy a society’s tolerance and humanity, and hinder a country’s advance toward freedom and democracy.”

By the time of the trial, Mr. Liu was already China’s best-known dissident, and his fame grew even more when he was awarded the Nobel Peace Prize in 2010 while imprisoned in northeast China.

After his death was announced, Berit Reiss-Andersen, the chairwoman of the Norwegian Nobel Committee, said the Chinese government “bears a heavy responsibility for his premature death.”

Liu Xiaobo will remain a powerful symbol for all who fight for freedom, democracy and a better world,” Ms. Reiss-Andersen said by email. “He was truly a prisoner of conscience, and he paid the highest possible price for his relentless struggle.”

Mr. Liu could not collect the Nobel Prize himself, and he was represented at the ceremony by an empty chair. His statement for his trial, which he was not allowed to read out, served in his absence as his Nobel lecture.

"Xiaobo was wedded both psychically and physically to China and its fate,” Geremie R. Barmé, an Australian Sinologist and a close friend of Mr. Liu’s, wrote in a tribute before Mr. Liu’s death. “In the end, his words and deeds may have garnered him a Nobel Prize, yet in an authoritarian system, one that since 1989 has oscillated merely between the poles of the cruel and the pitiless, they sealed his fate.”

Confrontation and detention were nothing new to Mr. Liu.

He was born on Dec. 28, 1955, in Jilin Province, in northeast China. The son of a professor who remained loyal to the Communist Party, Mr. Liu made a vocation out of obdurate opposition to authoritarianism.

He was a dissident even among dissidents,” Yu Jie, a friend and biographer, said. Mr. Yu now lives in the United States.

He added, “Liu Xiaobo was willing to criticize himself and reflect on his actions in a way that even many activists in the democracy movement can’t.”

Mr. Yu recalled the first time Mr. Liu spoke to him over the phone, in about 1999. “He said, ‘I’ve read your book, and there’s a lot I disagree with,’ ” Mr. Yu said. “He criticized me for about half an hour.”

Mr. Liu started out as a notoriously abrasive literary critic in Beijing in the 1980s. He was called a “dark horse” who bridled at intellectual conformity, even in the name of reform. But he was increasingly drawn into political questions as Deng Xiaoping, the Communist leader, resisted matching economic liberalization with political transformation.

In 1989, he was a visiting scholar at Columbia University when students in Beijing occupied Tiananmen Square to demand democratic changes and an end to party corruption. He returned to Beijing to support the protests. He later described that time as a turning point, one that ended his academic career and set him irrevocably into a life of political opposition.

Mr. Liu’s sympathy for the students was not unreserved; he eventually urged them to leave Tiananmen Square and return to their campuses. As signs grew that the Communist Party leadership would use force to end the protests, Mr. Liu and three friends, including the singer Hou Dejian, held a hunger strike on the square to show solidarity with the students, even as they advised them to leave.

"If we don’t join the students in the square and face the same kind of danger, then we don’t have any right to speak,” Mr. Hou quoted Mr. Liu as saying.

When the army moved in, hundreds of protesters died in the gunfire and the chaos on roads leading to Tiananmen Square. But without Mr. Liu and his friends, the bloodshed might have been worse. On the night of June 3, they stayed in the square with thousands of students as tanks, armored vehicles and soldiers closed in.

Mr. Liu and his friends negotiated with the troops to create a safe passage for the remaining protesters to leave the square, and he coaxed the students to flee without a final showdown.

I understand what you’re feeling, but haven’t you considered how as soon as the first shot rings out, Tiananmen Square will become a river of blood?” Mr. Liu told the students, as he recounted in a memoir published in 1989.

"If he hadn’t been on the scene, I’m sure people would have died on the square. That was his pacifism in action,” said Liu Suli, a friend of Mr. Liu’s who stayed with him and others on Tiananmen Square on the night of June 3. “Xiaobo had a kind of heroism complex that never left him.”

Mr. Liu was arrested days after the crackdown and spent 21 months in detention for supporting the protests. He lost his university lecturing job, his books were banned and the Communist Party labeled him a “black hand” who had helped foment turmoil. His later support for American government policies, including the invasion of Iraq, also brought scorn.

But he was unbowed. In 1996, he was sent to a labor camp for three years after demanding clemency for those still in prison for joining the demonstrations.

Mr. Liu did not instigate Charter 08. But after he joined activists who were preparing to release it, he worked to make its demands acceptable to as many people as possible, tramping from door to door in Beijing to recruit prominent signers.

The petition at first drew 303 signers, including many prominent Chinese writers, academics, lawyers and former officials who were recruited by Mr. Liu. By May 2009, the number of signers had grown to over 8,600, including supporters living overseas.

"He was able to span people inside and outside the system,” said his friend Ms. Cui, who also signed the charter. “He also linked together opposition movements from different generations. I don’t think anyone other than Liu Xiaobo could have done that.”

Mr. Liu and most other participants dismissed the risk that they could be severely punished. But his wife feared that the government would retaliate harshly. In the statement that Mr. Liu wrote for his trial, he thanked Ms. Liu for her “selfless love.”

Even if I am crushed into powder, I will embrace you with ashes,” he wrote. “Dearest, with your love, I will calmly face the impending trial, with no regrets for my choices, and will look forward with hope to tomorrow.”

(Source : The New York Times)

 

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The Guardian

Not since Nazi Germany had a country allowed a Nobel peace laureate to die in custody – until today. Liu Xiaobo was still held over his peaceful call for democratic reform, made almost nine years ago, when he died in hospital. That is China’s shame. But it is also a stain on the world’s conscience. Germany, to its credit, worked hard for his release; the US, Canada and EU said he should be allowed to leave China for treatment. But the only leader to make a personal, public call for his freedom was Tsai Ing-wen of Taiwan. The Norwegian Nobel committee is right to lament the “belated, hesitant” reactions to news of his terminal illness. Governments weighed trade opportunities while Chinese citizens pressed his case at personal risk.

It is too late now. The empty chair left at the Nobel ceremony will never be occupied. The tardy and muted international response did not only let Mr Liu down. The author was exceptional in his intelligence, sustained courage and humanity: in his final statement to his trial, he insisted he had no enemies and no hatred. Mr Liu was an inspiration to those fighting for rights in China – even if the authorities erased him from the broader consciousness. But he also represented the lawyers, dissidents and campaigners who together carved out a greater space for expression and activism. His punitive sentence for “inciting subversion” in 2008 was a turning point. The ensuing crackdown has seen many more people detained and jailed and their families too have suffered. The international community has in general offered minimal protest, letting Beijing carry on without even the cost of embarrassment. China may throw the odd bone in return; it does not guarantee long-term nourishment. Indeed, the swift submission on human rights has told it that countries will cave on issues when enough pressure is applied.

Mr Liu died under guard; his wife is not yet free. Liu Xia has committed no crime – even according to Beijing. But she has been held under house arrest since her husband’s Nobel win, devastating her physical and mental health. The prospects that authorities plan to leave her in this invisible prison to avoid further publicity are high. Rex Tillerson, the US secretary of state, has already urged China to let her go. The rest of the world should join him.

(Source : The Guardian)

 

  

Financial Times

Liu Xiaobo, China’s best-known dissident and a Nobel peace laureate, has died of liver cancer aged 61, Chinese authorities said on Thursday, after eight and a half years in custody for his political writing.

The death of the Tiananmen Square veteran came days after Chinese president Xi Jinping was feted during visits to Russia and Germany and appeared at the G20 summit in Hamburg. While US and European officials had repeatedly urged China to let Liu seek treatment overseas, they did not press Mr Xi publicly on the issue. 

Liu is the first Nobel Peace Prize winner to die in custody since Carl von Ossietzky, who was imprisoned by Nazi Germany. While Liu was transferred from prison to a hospital last month, he remained a prisoner of the state until the end. His hospital ward in the north-east city of Shenyang was tightly guarded by Chinese authorities, who turned away friends and reporters.

"Liu will be remembered as a symbol of democracy and will be mourned by liberals everywhere,” said Qiao Mu, a Beijing intellectual and critic of China’s ruling Communist party. “He was a symbol for all those who seek to confront authoritarianism with peace.” 

Donald Trump said he was “deeply saddened” by the death of Liu. But the US president made no mention of the way the political dissident was treated by the Chinese authorities.

Rex Tillerson, US secretary of state, said he joined those around the world “mourning the tragic passing” of Liu, who “died while serving a lengthy prison sentence in China for promoting peaceful democratic reform”. He urged Beijing to release Liu Xia, wife of the deceased dissident and let her leave China as she desired. 

Dianne Feinstein, the top Democrat on the Senate judiciary committee, said: “China’s treatment of this man was shameful, far beneath the dignity of a world power”.

Sophie Richardson, China director at Human Rights Watch, also criticised China for its “cruelty and callousness” and said western leaders needed to put more pressure on Beijing over its human rights record. “If governments are too afraid to fight for a Nobel Peace prize winner dying while wrongly imprisoned, what will they fight for in the face of a disciplined and highly abusive regime in China?” she said.

Jean-Claude Juncker, European Commission president, and Donald Tusk, president of the European Council, issued a joint statement that paid tribute to “one of the most prominent human rights defenders in China”, and reiterating a call “for all prisoners of conscience in China to be released”.

Liu, a literary critic, was detained in 2008 after authoring Charter 08, a manifesto calling for multi-party democracy that was signed by hundreds of intellectuals. On Christmas Day 2009 he was sentenced to 11 years imprisonment for “subversion of the state”.

"Through its repression, the Chinese party-state has made Liu a major historical figure,” said Steve Tsang, a Sinologist at the School for Oriental and African Studies in London. 

Cui Weiping, a film critic and friend of Liu, said: “He was locked up four times, but he never stopped using his story to combat totalitarianism.” 

In 1989, Liu persuaded a group of students to vacate Tiananmen Square shortly before army tanks rolled in and began shooting, averting even greater bloodshed.

When Liu won the Nobel Peace Prize in 2010, the Nobel committee cited “his long and non-violent struggle for fundamental human rights”. 

Liu’s death comes as China claims a greater international role thanks to its economic heft and perceived “global leadership” on issues ranging from climate to trade.

Beijing has released videos showing Liu receiving medical care and invited foreign doctors to treat him. In a statement announcing his death late on Thursday, Shenyang judicial authorities cited his conviction for subversion but not his Nobel Prize.

The Chinese government’s insistence that he was a common criminal was, however, belied by the invitations it extended to US and German cancer specialists to examine him during the last weeks of his life.

The foreign oncologists contradicted claims by Liu’s Chinese doctors that he was not fit to travel overseas for treatment. German diplomats also complained that footage of overseas specialists’ consultations with Liu had been videotaped without permission and released by state media outlets for propaganda purposes.

Prison medical checks had shown Liu had liver problems as early as 2010, leading to questions why it had taken prison authorities so long to detect or acknowledge his cancer.

His wife Liu Xia, a poet and artist, has been under effective house arrest since he received the Nobel Prize. Germany and the US had both offered to accept the couple but Beijing refused.

(Source : Financial Times)

 

 

 

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