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Après l'avoir tenu pour un auteur de bons romans (Solstice, Le messager d'Alger) j'ai découvert en José Carlos Llop le poète d'aujourd'hui, aux mots simples, aux vers libres proches de la prose et de peu d'envolées lyriques.

Lyriques ou non, les poètes souvent nous accordent des confidences. J.C. Llop ne déroge pas à la règle ; et il se dévoile : « Je suis un littéraire mais j'aime la géométrie : le triangle de Michaelis…» Et il avoue aimer « tracer des cartes maritimes sur une peau inconnue »

En fait il sera moins question d'amour que d'amitié. Et c'est avec la célébration de l'amitié, un thème très classique, que le poète venu des Baléares entame le recueil :

« Mon ami ne recevra plus le New Yorker
qui continuera à arriver à son bureau, au nom
de quelqu'un qui désormais n'est plus personne ».

Le thème de l'amitié se poursuit avec l'évocation de Bruce Chatwin sur le point de mourir et écrivant Utz ; c'est le moment qu'il choisit pour offrir à ses amis des objets de sa collection.

On peut aussi regarder ce recueil comme le paysage formé des goûts littéraires de Llop. Il salue Samuel Pepys, le diariste anglais du temps où brûla Londres : 

« Secrétaire de l'Amirauté,
avec sa nouvelle casaque de taffetas,
sa perruque fraîchement poudrée,
ses bas en coton de Virginie
et ses souliers à boucles d'argent ».

De plus loin dans l'espace mais de plus près dans notre temps vient la procession de ses chers poètes russes. Llop a plus qu'une pensée pour Anna Akhmatova et Marina Tsvetaïeva. Et une autre pour Pasternak qui titube en décrochant le téléphone quand Staline lui demande son opinion sur Mandelstam — qu'il a expédié au goulag.

Enfin, le dernier thème qu'il me plait à souligner prend la forme d'une ville. Llop décrit la skyline de Bordeaux en écho à la silhouette de Saint-Pétersbourg, bâtiments classiques le long des quais... Ne restons pas sur les bords de la Garonne : la librairie Mollat forme son premier repère, d'autres s'y ajoutent au fil de promenades en compagnie d'amis que l'écrivain s'est fait dans la ville à la fois catholique, juive et protestante. Il parcourt « la rue Judaïque », la place Gambetta, le quartier Saint-Michel, il remarque « les échoppes », il déguste les canelés et n'oublie pas les grands hommes, Montaigne dans sa “librairie”, Mauriac à Malagar au milieu des pins. Le poète enfin explore la ville « en quête des traces d'un explorateur de la Wehrmacht appelé Hölderlin » et « du fantôme de Goya ». Si le poète romantique a passé quelques mois à Bordeaux en 1802, le peintre s'y est réfugié jusqu'à sa mort en 1828.

Eh oui, Goya quand même. On finissait, à lire ce recueil, par oublier les origines espagnoles de Llop !

José Carlos Llop. La vie différente. Traduit par J.-M. Saint-Lu. Editions Do, Bordeaux, 2015, 80 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE ESPAGNOLE