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Non, il ne s'agit pas d'un nouvel ouvrage sur le Christ ! Il s'agit de tout autre chose. Voici une campagne électorale pleine de rebondissements et de scandales, sans commune mesure avec ce que vit la France en ces premiers mois de 2017. Mais c'est une campagne électorale mexicaine ! Il s'agit d'élire le maire de Cuernavaca, capitale de l'Etat de Morales, au sud du District fédéral. Et en même temps c'est un roman échevelé dû à Enrique Serna, déjà connu des lecteurs francophones pour Quand je serai roi, publié en 2009.

Méprisé par sa femme Remedios, Jesús Pastrana mène une vie stricte et austère qui l'a fait appeler « le sacristain » par ses collègues de la collectivité locale où il exerce comme contrôleur financier. Au pays de la corruption qui enrichit les notables et tue les pauvres, Jesús s'est mis en tête de se lancer dans la course pour briguer la mairie, mais les obstacles s'accumulent quand les dirigeants de son parti — le PAD, parti d'action démocratique — s'effraient de son programme radicalement anti-corruption. Jesús complique d'ailleurs tout lui-même en rompant avec sa femme et en vivant un amour torride avec Leslie, un travesti, « une folle bipolaire», qui s'avère être le frère jumeau de Lauro Santoscoy l'un des narcotrafiquants qui règnent sur la région.

Quand le candidat trouve dans son bureau un porte-documents Vuitton plein de billets de 500 pesos après le passage d'un avocat venu lui demander de rencontrer un homme influent et qu'un dossier tombé du ciel lui permet d'éliminer tout concurrent au sein de son parti, le lecteur se demande si Jesús se va pas devenir lui aussi un corrompu, assimilé par le Système... et en même temps susciter la condamnation morale de son ami journaliste épris d'une presse honnête.

Enrique Serna ne maquille pas la réalité politique avec des fictions extravagantes. Il explique de manière tout à fait crédible les magouilles qui permettent au maire, au gouverneur, aux chefs de la police, de s'entendre avec Jorge Osuna, dit le Nopal, chef des Culebros, sous couvert de le combattre alors qu'en réalité ce cartel les finance, et que leurs coups se limitent à attaquer le rival du Nopal, Lauro, le chef des Tecuanos.

Contre le licenciado Jesús les coups bas se multiplient. Bien que l'austère haut-fonctionnaire soit transformé par sa passion pour Leslie — qu'il doit cacher aux électeurs dans ce pays réputé homophobe — il paraît bien près de céder devant les menaces sur sa vie et les manipulations de son adversaire du PRI, le Parti révolutionnaire institutionnel qui a l'habitude du pouvoir depuis des décennies. Mais curieusement, quelques idées sont partagées entre Lauro et Jesús : le sort des pauvres n'est pas enviable en ce pays.

Enrique Serna. La double vie de Jesús. Traduit par François Gaudry. Métailié, 2016, 365 pages.

 

Tag(s) : #AMERIQUE LATINE, #MEXIQUE