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Peut-être plus connu pour sa carrière de scénariste puis de réalisateur le turinois Mario Soldati (1906-1999) fut aussi un écrivain, célèbre en Italie. Voici un roman publié chez Mondadori en 1981 et traduit seulement une génération plus tard en français.

Si l'écriture en est classique, l'histoire n'est pas banale et on prend un plaisir certain à le lire. De quoi s'agit-il ? Au début des années soixante, Vitaliano Zorzi, vénitien d'origine mais homme d'affaires établi à Gênes, découvre à la Biennale un tableau intitulé « L'Incendie » qui le séduit tant qu'il décide de l'acquérir pour l'offrir en cadeau de mariage à une femme qu'il a aimé. Son geste l'amène à rencontrer le peintre qui a pris le pseudonyme de Mucci et reste encore très peu connu. Ils deviennent amis et quelque temps plus tard Mucci qui a une vie sentimentale instable souhaite vendre toute sa production et partir loin d'Italie, en réalité pour s'éloigner de Fernanda son amante postière à Bardonecchia.

Pour Zorzi le pari est risqué. Devenu propriétaire de centaines de toiles — beaucoup de paysages et de portraits — il monte une exposition grâce à l'expertise du critique d'art Marinoni. L'opération réalisée à Milan doit lancer le peintre tandis que celui-ci est parti vivre en Afrique. À l'annonce de son décès accidentel survenu au Congo, le peintre voit sa cote grimper et ses toiles se vendre très facilement. Zorzi rentre dans ses fonds et l'avenir lui sourit.

Mais voilà que Fernanda met aussi sur le marché une dizaine de toiles dont l'une est bientôt considérée comme un faux par le richissime collectionneur qui l'a achetée et qui porte plainte. C'est un paysage des Alpes, peint par l'artiste près du chalet de Fernanda, et sur lequel figure au loin un barrage qui semble n'avoir pas existé du vivant de Mucci ! Le scandale est vite médiatisé. Zorzi et Marinoni vont devoir se défendre et les rebondissements seront au rendez-vous.

Sans être un chef-d'œuvre absolu, « L'Incendie » présente l'intérêt de nous amener à fréquenter le marché de l'art où les réputations peuvent se faire et se défaire rapidement. L'auteur s'attache plutôt bien à rendre la personnalité du critique d'art et du peintre, Mucci s'avérant un remarquable manipulateur autant qu'un artiste de génie.

Mario Soldati. L'Incendie. Traduit par Nathalie Bauer. Le Promeneur (Gallimard), 2009, 246 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE ITALIENNE