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  • Quand la fiction flirte avec l'histoire l'écrivain engendre-t-il nécessairement un roman historique capable d'accéder au succès ? Ou bien un monstre qui n'aura l'agrément ni du lecteur de roman ni de l'historien ?

Je me posai la question en ouvrant Le sosie de Hitler. Bien sûr, Luigi Guarnieri a su convaincre avec La double vie de Vermeer. Mais avec cette histoire de sosie du Führer, emporté dans l'ultime plan Janus pour sauver le maître du Reich et duper les Russes déjà tout proches du bunker dans Berlin bombardé, n'était-ce pas en rajouter inutilement à des faits sensés bien établis depuis des décennies ?

• Or, il me semble que ce roman historique a tous les éléments en main pour atteindre le succès. Avec une connaissance minutieuse et approfondie des rouages du Reich et de ses dirigeants, avec une violence quasi continuelle dans les faits rapportés, il y a même de quoi esquisser une comparaison avec Les Bienveillantes. Les survivants errant dans Berlin en ruines pour tenter de résister ou d'échapper à l'ultime avancée des troupes russes, qui forment les scènes finales du roman de Jonathan Littell, se retrouvent ici de façon au moins aussi saisissante. Mais dans l'ouvrage du romancier italien, ce n'est pas un SS qui tient la plume, c'est un agent des services secrets américains, l'agent Gren*****, présent à Berlin dès 1945 et c'est le même homme devenu professeur d'histoire militaire à Harvard qui achève en 1962 son rapport sur le sort de Hitler et de son sosie après des années de recherches pour démêler le vrai du faux.

On croit savoir que le cadavre de Hitler a été identifié par sa dentition et ses prothèses. Luigi Guarnieri imagine que Martin Bormann a confié à un jeune SS mélomane et très dévoué la mission de recruter (de force bien sûr) un ultime sosie au début de l'année 1945. Alors que le Reich de mille ans n'a plus que quelques jours devant lui, Egon Sommer prépare le sosie pour une « solution finale » bien particulière : faire un cadavre possédant la même “dentition” que le Führer, et le placer dans le bunker juste avant l'arrivée des Russes, le Führer parti, exfiltré… Telle serait l'opération Janus.

Le sort du pauvre Mario Schatten, — c'est le nom du musicien broyé dans cette machination infernale pour servir de sosie —, est habilement rendu par le narrateur. Entre médecins et dentistes fous, combats dans Berlin, nazis émigrés en Amérique latine, et zeks expédiés au goulag sibérien, le roman de Guarnieri ne ménage vraiment pas le lecteur.

Luigi Guarnieri. Le sosie d'Adolf Hitler. Traduit par Marguerite Pozzoli. Actes Sud, 2017, 339 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE ITALIENNE, #HISTOIRE 1900 - 2000