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Le voyage au pays des soviets est vite devenu une sorte de sous-genre littéraire et de nombreuses études par exemple celle de Fred Kupferman dans la collection "Archives" de Gallimard en 1979 en ont témoigné. En 1936, la publication du "Retour d'URSS" d'André Gide provoqua une retentissante polémique, sans doute la plus célèbre sur ce sujet.

1917-2017. Pour célébrer le centenaire de la Révolution russe comment ne pas mieux commencer que par ce légendaire premier album d'Hergé providentiellement réédité en couleurs ? Lui aussi mettait les pieds dans le plat !

Déjà accompagné de Milou, Tintin est envoyé par le Petit XXe, quotidien belge, pour enquêter sur ce qui se passe en Russie. D'abord le régime des Commissaires du Peuple tente de l'empêcher d'entrer, puis cherche à l'éliminer.

 

Bien sûr cette bande dessinée porte délicieusement son âge : datant de 1929, elle s'inspire d'une réalité qu'aucune étude universitaire n'a encore analysée, mais dont plusieurs voyageurs rapportaient de sombres récits quand d'autres gobaient la propagande.

Tintin au pays des Soviets a été conçu quand régnait à l'Ouest l'atmosphère fortement anti-soviétique d'un temps où le bolchevik n'apparaissait — pour la plupart des observateurs — que comme un homme sanguinaire, au couteau entre les dents, obnubilé par la subversion. Au pays des Soviets règne la Tchéka et des "élections" sous contrainte disent déjà ce qu'on appellera un peu plus tard le totalitarisme.

 Après les années d'agitation révolutionnaire et de guerre civile, après le "Communisme de guerre", la période que l'on a qualifié de NEP voit subsister des enfants errants, souvent orphelins, et c'est quelque chose qui a frappé certains visiteurs. 

Entre 1918 et 1929, la question agraire est restée dans l'actualité ; il y a eu les réquisitions de céréales, une première collectivisation et après la NEP, dans une nouvelle phase de Terreur, se mettra en place la collectivisation marquée par la dékoulakisation. 

 

Tintin tombe sur une réserve de blé pour l'exportation alors que les paysans dont les productions sont réquisitionnées meurent de faim. Il est exact que la Russie soviétique a exporté des produits alimentaires créant des pénuries, et après la date de publication de cette BD, ce sera encore le cas au début des années trente quand Staline brisera la résistance des paysans ukrainiens en les affamant. Après l'épisode des paysans, Tintin a découvert les trésors volés aux bourgeois : « Vous êtes ici dans la cachette où Lenine, Trotzky et Staline ont amassé les trésors volés au peuple ! (…) Vous qui avez violé ce secret, vous serez mis à mort. »

Naturellement, dans cette histoire de super-héros Tintin se sort de tous les pièges avec une facilité déconcertante — et peut-être même de manière moins réaliste que dans les albums qui suivront — utilisant tous les moyens de transport, de la moto au train et à l'avion, pour se tirer d'affaires et rejoindre la libre Belgique. De même, il apparaît que le dessin est souvent plus grossier qu'il ne sera par la suite : la ligne claire est encore souvent pâteuse, mais il faut rappeler que lorsque Hergé s'est lancé dans l'aventure de la BD il n'avait reçu aucune formation préalable...

 

Hergé. Tintin au pays des Soviets. Casterman/éditions Moulinsart, 2017, 137 pages.

 

Tag(s) : #HISTOIRE 1900 - 2000, #RUSSIE, #BD