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A Knockemstiff et dans la bourgade voisine, c’est bien le Diable qui a élu domicile et qui a pris les commandes des personnages de Donald R. Pollock. Et le Diable c’est le mal en l’homme, ça ne fait aucun doute. Pas besoin de l’invoquer pour qu’il se mette de la partie ! Dans ce district minier misérable des Appalaches, on est loin du rêve américain même si c’est l’époque qui court de 1945 à la fin des Sixties.

L’auteur présente d’abord les Russell père et fils. Willard, le père, est revenu K.O. de la guerre du Pacifique. La femme qu’il a épousée lui a donné un fils, Arvin, sur qui repose une bonne partie de l’intrigue du début à la fin, mais cette épouse, Charlotte, se meurt d’un cancer. Pour conjurer le mal, Willard sacrifie sur des croix de bois, dans la clairière au-dessus de sa ferme : des animaux d’abord, mais ça ne suffit pas à émouvoir le Seigneur... Arvin n’oubliera jamais ces scènes et longtemps après la mort de sa mère, et le suicide de son père, on retrouvera le jeune homme avec à la main le Lüger de son père pour jouer au justicier et faire payer au pasteur d’avoir séduit des jeunes filles mineures poussant au suicide la quasi-sœur d’Arvin qui est la fille abandonnée par Roy. Au nombre des autres personnages habités par le mal, Roy c’est le prétendu prédicateur amateur d’araignées et convaincu de pouvoir réveiller les morts et de ressusciter sa femme Helen après l’avoir tuée à l’aide d’un tournevis. Alors il fuit, accompagné de son acolyte Theo le guitariste raté en fauteuil roulant. Il y aussi Lee Bedeker, le shériff du comté, un ripoux au service d’un mafieux local, et néanmoins inquiet pour sa sœur Sandy, serveuse d’un bar minable, prostituée par ennui, mariée à un serial killer, Carl Henderson, photographe voyeur et assassin. Arvin mettra fin au périple sanglant du couple sadique, un périple ponctué d’abjections.

Bref, le roman haletant de Donald Ray Pollock n’est pas un roman à l’eau de rose, plutôt une boisson forte, très forte en vérité, écrit de main de maître avec une langue fine comme un rasoir et l’efficacité d’une structure en boucle. Ce roman a reçu le prix du Meilleur livre de l’année 2012 décerné par la revue Lire. L’auteur a aussi publié un recueil de nouvelles, Knockemstiff, et plus récemment Une mort qui en vaut la peine. Le Diable tout le temps est disponible au Livre de poche.

• Donald Ray Pollock. Le Diable tout le temps. Traduit par Christophe Mercier. Albin Michel, 2012, 360 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE ETATS-UNIS