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Le romancier basque Bernardo Atxaga a pris le parti d'illustrer avec humour et légèreté ce petit morceau d'histoire de l'Espagne franquiste à travers l'une de ses spécialités : la littérature jeunesse.

Avec Animal Farm, George Orwell avait conçu un conte hilarant en même temps qu'un pamphlet anti-stalinien où le cochon Napoléon devenait dictateur à force de grands discours et de vastes desseins. A la ferme de Balanzategui : rien de tel. La vache Mo n'a point eu d'ambition révolutionnaire. Elle est simplement une vache qui écrit ses mémoires ce qui fait sourire, parce qu'une vache c'est bête, comme sa copine La Vache le lui dit si souvent. Aussi fallut-il l'insistance particulière de son ange gardien — qu'elle nomme Pénible ! — pour qu'elle se mette à l'écriture.

Du même coup se trouve évoqué un épisode de la résistance à Franco passée la guerre civile, quand une unité de soldats républicains se cache encore dans les Pyrénées. Les hommes réfugiés dans la montagne doivent bien manger pour survivre. Les vaches aussi s'inquiètent de leur nourriture, surtout quand le fermier dit à tort le Bossu rassemble à l'étable les vaches noires comme Mo, tandis que les vaches rousses sont repoussées vers un enclos. Encore faut-il dire que ce procédé n'est pas quotidien mais exceptionnel, les vaches errant comme bon leur semble dans les collines et jusqu'à la forêt.

Drôle de ferme en effet que Balanzategui, avec sa fermière qui diffuse de la musique quand les vaches sont à l'étable, avec ce reste d'avion crashé dans la forêt, et ce moulin proche, gardé par des jumeaux à l'air patibulaire, où Lunettes Vertes alias Otto guette tout ce qui bouge dans le fond de la vallée. Dans cette ferme où nul ne sait faucher l'herbe, les vaches pas bêtes — c'est-à-dire Mo et sa copine La Vache — ont tout le temps de réfléchir à l'étrange venue d'un camion Chevrolet chargé du foin qu'on leur distribue à l'étable alors qu'elles vivent en pleine autosuffisance et liberté dans les prés et collines jouxtant la ferme.

J'en ai déjà trop dit... Les saisons passent, les vaches ont besoin de beaucoup de temps pour comprendre. Et puis, Mo écrit tout cela longtemps après, tandis qu'elle est en quelque sorte devenue une paisible retraitée dans le champ d'un couvent où l'a conduite une nonne un peu bizarre qui joue aux passeurs entre les deux côtés du Pays Basque. Bref, ce roman souriant ne se destine pas au seul public de la littérature jeunesse...

Bernardo Atxaga. Mémoires d'une vache. Traduit par Anne Calmels. La Joie de Lire, Genève, 2012, 209 pages (Edition originale espagnole en 1992).

 

Tag(s) : #LITTERATURE ESPAGNOLE, #PAYS BASQUE