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Dans cette mise en scène de la parole, l’Homme et la Femme, dont les noms ne sont dévoilés qu’à la chute du rideau, — Fernando et Soledad — conversent, assis, dans un jardin d’été. Il jouent un jeu « prévu », aux règles précises. L’Homme mène l’échange ; ses interrogations aident la Femme à se remémorer — « sans tes questions je suis aveugle et muette » —,  ses diverses aventures amoureuses, et à « gagner en profondeur ». Tous deux tentent de comprendre le mystère de l’amour. Le dialogue de sourds s’installe parfois, quand chacun s’égare dans ses souvenirs. Peu à peu Soledad prie Fernando de l’interrompre, apeurée d’aller au bout de sa vérité. Le désir les habite, l’acte d’amour les libère, c’est un accomplissement qui les métamorphose en dieux.

Fugace jouissance... Mélancolique de son enfance que symbolise la pomme, l’Homme dit sa peine de n’avoir pas trouvé l’amour dans la cabane forestière d’Aranjuez ; et la Femme confie sa douloureuse solitude. Toujours l’amour manque à leur désir : « j’ai faim » dit-il ; « j’ai soif » réplique-t-elle.

Peter Handke nimbe sa pièce de poésie, et prête à ses personnages son extrême attention aux arbres, aux animaux, au mystère de la nature. Néanmoins la nostalgie amère atténue la lumière estivale car, à jamais, « chacun cherche son autre, même l’unicellulaire ».

Reste à espérer que l’adaptation de cette pièce à l’écran n’en brise pas l’extrême légèreté.

Peter Handke. Les beaux jours d'Aranjuez. Le Bruit du temps, 2012, 91 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ALLEMANDE, #AUTRICHE