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Joseph Bloch, qui a un passé de gardien de but célèbre, perd son emploi et vagabonde dans la ville de bar en cinéma et de cinéma en chambre d'hôtel. Ayant suivi chez elle la caissière du cinéma, il l'étrangle et s'enfuit en province, vers un village de la frontière, au sud. Là encore il déambule entrant et sortant sans cesse de l'auberge où il a retrouvé une amie d'autrefois devenue la gérante. En même temps, un jeune garçon s'est perdu dans la campagne autour du village. Bloch le cherche avec les gendarmes. Le journal publie la photo de classe, seule photographie qu'on connaisse de ce gamin. Un autre journal évoque l'assassinat de la caissière et indique que la police est à la recherche du meurtrier qui s'est enfui vers le sud. À la fin du texte, Bloch assiste à un match de football et voit le goal arrêter un pénalty.

Les sens de Bloch sont hautement sollicités, tout particulièrement l'ouïe. « Ses oreilles étaient si sensibles qu'un certain temps on ne jeta pas les cartes sur la table à côté mais on les fit claquer sur la table, et au comptoir l'éponge ne tomba pas dans l'évier mais explosa dans l'évier, et la fille de la gérante, pieds nus dans des sabots, ne traversa pas la salle mais martela le plancher, le vin ne coula pas mais glouglouta dans les verres et le juke-box ne joua pas mais gronda. » Cette hypersensibilité aux sons pourrait traduire l'angoisse de Bloch après son crime.

Il est difficile sans forcer le texte de trouver des interprétations qui feraient de Bloch un double de l'auteur, de sa fuite l'image du tourment de l'écrivain, des problèmes d'élocution ou de mutisme du garçon disparu l'écho des malheurs du jeune Handke, sans parler du pénalty arrêté preuve de l'arrestation inéluctable de Bloch.

On retrouve sans doute dans ce roman faussement policier la trace d'obsessions de Peter Handke. Personnellement je n'ose l'affirmer de manière catégorique. Il est vrai que dans ce texte encore, un pauvre hérisson manque se faire écraser... La sur-interprétation d'un texte — par ailleurs peu agréable à lire — me paraît rarement une plus dangereuse tentation qu'ici.

Peter Handke. L'angoisse du gardien de but au moment du pénalty. Traduit par Anne Gaudu. Gallimard, 1972.

 

Tag(s) : #LITTERATURE ALLEMANDE, #AUTRICHE