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San Sebastián, alias Donostia, dans les dernières années du franquisme, des années qui se déroulent trop lentement pour les Basques impatients de retrouver la liberté, constitue le cadre de ce roman construit avec originalité.

Chapitre après chapitre, celui qui est devenu bien plus tard pharmacien s'adresse à l'auteur, pour lui proposer un sujet de roman. Il lui raconte, en gardant parfois les naïvetés du gamin qu'il était, ses années d'enfance au foyer de sa tante Maripuy où sa mère l'avait expédié faute de ressources. Des années passent ainsi entre Maripuy la tante autoritaire, Vicente l'oncle modeste ouvrier, Mari Nieves la cousine dévergondée et Julen le cousin bientôt embrigadé dans les rangs de l'ETA par l'intermédiaire du curé. « Si tu étais basque, tu ne pleurerais pas » dit-on au gamin venu de Navarre et puis il gagne la confiance et l'amitié de son cousin qui l'appellera désormais Txiki.

Entre les confessions à l'auteur, des « notes » en italique, numérotées, constituent l'autre voie du récit. Par ce biais habile et rare, l'auteur prépare ouvertement son roman, donnant au lecteur l'impression d'assister à un chantier d'écriture. L'élaboration de ces pense-bête est incertaine, hésitante parfois. Des parenthèses indiquent des points à préciser ultérieurement, ou laissent percer des interrogations sur le bon terme, ou l'anachronisme à éviter.

L'autre intérêt d'Années lentes c'est évidemment la mémoire d'une société révolue, les années soixante du franquisme terminal, quand la grossesse de Mari Nieves, qu'on ne peut plus cacher, tourne à la honte de la famille au sein de son quartier, à moins de trouver d'urgence un idiot prêt à l'épouser, ou quand la culture basque cherche à s'affirmer pour survivre — la langue (euskera) et la drapeau (ikurriña) — tandis que Julen et ses copains militants nationalistes (gudari) et patriotes (abertzale) sont surveillés par la police politique de Franco et tentent de trouver en France un refuge précaire.

Facile à lire, ce texte de Fernando Aramburu centré sur les souvenirs d'un jeune garçon appartient au rayon toujours attirant du roman d'apprentissage. Par ailleurs, si Aramburu est représentatif de la littérature basque d'aujourd'hui, il faut noter que son œuvre est écrite en castillan, (comme d'ailleurs celle de Bernardo Atxaga dont je reparlerai ici). Éviter les frontières étroites de la langue est sans doute à ce prix... Años lentos a reçu le prix Tusquets du roman en 2011.

Fernando Aramburu. Années lentes. Traduit par Serge Mestre. Lattès, 2014, 254 pages.

Tag(s) : #LITTERATURE ESPAGNOLE, #PAYS BASQUE