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Par une légèreté de lecture globale, j'avais d'abord pris le sous-titre comme « une histoire d'avant-hier », mais quand, à dix pages de l'incipit, un journal du matin titre « La paix éternelle est déclarée ! » et que le vendeur de journaux dans la grande ville crie « Premier jour de l'humanité sans un mort ! » j'ai commencé à douter. Alors, au lieu de relire la couverture, j'ai repris au début du texte et lu que le concert que terminait la chanteuse était « le dernier de sa tournée d'avant l'hiver ». Passé le quiproquo, j'ai fini par sauter des deux pieds dans le réel bien particulier de ce bref roman qui raconte l'histoire d'une chanteuse dont on ignore le répertoire et le nom. Il ne semble pas qu'elle soit une diva, une cantatrice, plutôt une chanteuse populaire. En tout cas pas de journaliste pour se précipiter vers elle à la fin du récital, pas de starisation : elle va au cinéma sans provoquer d'attroupement, sans même qu'on la reconnaisse, et elle rentre au pays en bus... entre autres pour revoir sa mère et les fresques de l'église.

Un roman médiéval en vers, ramassé en ville, un peu calciné, œuvre de Chrétien de Troyes, c'est ce qu'elle lira durant le trajet. Elle possède un don : celui de retrouver ce qui était perdu. Ce don, elle va l'illustrer trois fois. À la gare routière, elle a retrouvé la bague perdue d'une voyageuse. Au pays, en visitant la mine de sel en compagnie du directeur veuf elle retrouve le compas qu'il avait perdu il y a des années au fond d'une galerie. Au pays toujours, qu'elle appelle son « coin mort », c'est, Andreja, un enfant porté disparu qu'elle sauvera. Mais il n'est pas sûr que l'histoire soit racontée par Handke pour cette raison.

Kali désigne en allemand la potasse. Le village de notre chanteuse-trouve-tout s'étend à côté d'une mine de sel (et de potasse ?). Une cité minière a été construite à côté de la mine ; ces maisons sont surtout peuplées d'immigrés, de « survivants », réfugiés venus de divers pays, parce qu'il y a, en arrière-plan du roman, une guerre mondiale, la troisième, « qui fait rage autour de nous depuis déjà longtemps, jamais déclarée, peu visible, mais d'autant plus maligne ». Mais Kali c'est aussi une déesse hindouiste, celle qui protège des mauvais esprits. Alors, allez savoir...

De toutes les conventions romanesques, s'il en est une que Handke balaie c'est tout particulièrement la vraisemblance. La chanteuse retrouve l'enfant disparu mais ne demandez pas où, ni comment ! Qu'elle ait été inspirée par un paysage d'un maître hollandais du XVII° siècle, contemplé chez les grands-parents du gamin n'apporte rien de crédible. Auparavant elle est allée chez le directeur de la mine sans qu'on en sache la raison (voilà un mot qu'il ne faudrait pas utiliser pour présenter une œuvre de l'auteur autrichien) et pourquoi a-t-elle envisagé à un moment de mourir avec lui au fond de la mine ?

Mine de rien, voilà un petit roman où vous vous poserez des tas de questions alors que, page après page, tout semblait compréhensible.

Peter Handke. Kali. Une histoire d'avant-hiver. Traduit par G.-A. Goldschmidt. Gallimard, 2011, 118 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE ALLEMANDE, #AUTRICHE