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Outre son engagement dans la “Global History” avec la direction de l'Histoire du monde au XVe siècle (2009) ou avec un manifeste co-écrit avec Nicolas Delalande (Pour une histoire-monde, 2013) Patrick Boucheron est bien connu comme spécialiste de l'Italie urbaine du XIII° au XVI° siècles à la suite de sa thèse dirigée par Pierre Toubert. Ainsi parurent récemment Léonard et Machiavel (2009), ou encore Conjurer la peur. Sienne, 1338. Essai sur la force politique des images (2013).

Depuis 1516, à toute nouvelle chaire au Collège de France correspond le rite de la leçon inaugurale. À son tour, le 17 décembre 2015, Patrick Boucheron s'est livré à cet exercice contraint par les conventions pour inaugurer sa chaire d'Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIII°-XVI°siècles. « Remercier ses protecteurs, présenter ses intentions : telles étaient (…) les deux tâches principales que se donnaient les premiers lecteurs royaux du XVI° siècle ». Ainsi salue-t-il la mémoire de quelques devanciers tel Barthélémy Masson, dit Latomus, nommé à la chaire d'Éloquence latine en 1544, et dont la mémoire se perpétue dans le titre de la fameuse revue d'études latines publiée depuis 1936.

L'orateur balise sa leçon de convenances historiennes, autrement dit des références incontournables de la profession. C'est ainsi que la révérence devant Jules Michelet précède les coups de chapeau à Marc Bloch, Fernand Braudel, Jacques Le Goff, Roger Chartier ou encore Georges Duby. Par convenance autant mondaine qu'élitaire le “name dropping » s'étend également aux grands intellectuels du siècle dernier tels Walter Benjamin, Michel Foucault, ou Pierre Bourdieu… montrant par là même la nécessaire co-entreprise entre histoire et sciences humaines.

Étant donné l'intitulé de sa chaire, Patrick Boucheron situe son sujet en aval de ce qu'on appelle désormais « la coupure grégorienne » du XII° siècle, moment qu'il synthétise comme le « réagencement global de tous les pouvoirs » autour d'un « dominium ecclésiastique » que combattront dès le siècle suivant les sociétés européennes du Moyen-Âge, illustrant ainsi « la capacité des laïcs à s'emparer des instruments du pouvoir symbolique dont l'Eglise échoue à défendre le monopole ». « La généalogie médiévale de la gouvernementalité moderne » sera donc à la base des travaux à venir.

Intitulant son intervention “Ce que peut l'histoire”, l'auteur donne — comme on l'y attend — quelques pistes : « faire droit aux futurs non advenus », « désorienter les certitudes » et toujours œuvrer pour une « émancipation critique ». Il convient de « réorienter les sciences humaines vers la cité » : « C'est à une réassurance scientifique du régime de vérité de la discipline historique que nous devons collectivement travailler ».

Voilà qui présage de passionnantes réflexions et publications futures.

Patrick Boucheron. Ce que peut l'histoire. Collège de France/Fayard, 2016, 72 pages. 

Tag(s) : #HISTOIRE, #HISTOIRE MOYEN AGE