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Les souvenirs d'enfance forment une si importante catégorie d'écrits intimes ou de romans égotistes qu'il est facile de ne pas s'arrêter sur un livre comme celui-ci, et de passer à côté d'un petit bijou. Or Solstice fait preuve d'originalité. José Carlos Llop ne nous donne pas à lire toute son enfance, mais une chronique de six ou sept mois d'août successifs passés autrefois avec ses parents dans un coin perdu de Majorque avant la “baléarisation”, c'est-à-dire au temps de Franco, vers 1960. Une antique Simca rouge transporte la famille et marque le début et la fin de ces séjours dans « l'arôme marin » et « le parfum du lentisque, du ciste et de la camomille ». Et ce microcosme était un paradis.

« Sur d'autres côtes de l'île, on voyait apparaître les premiers bikinis, on inaugurait des boîtes de nuit — on ne les appelait pas encore discothèques — et c'était le début de la promiscuité internationale ». Mais Betlem, où séjournait la famille Llop, restait un paradis d'autrefois, un « vestige spartiate de l'Ancien Régime », encore sans électricité. Se baigner, jouer aux Indiens et aux cowboys, lire aussi, telles étaient les activités banales du jeune garçon et de son frère cadet. Mais pas de petits copains, car le lieu est spécial. C'est un terrain militaire ! La maison de vacances mise à disposition de la famille consiste en la dépendance d'une batterie pourvue autrefois de puissants canons de marine pour protéger l'île de dangers venus de la mer. Il faut cohabiter avec une petite garnison... et un mulet fou.

Il n'y a pas de mystère. Le père de l'auteur est colonel de l'armée de terre et catholique très pratiquant — tout à fait l'image qu'on se fait d'un officier franquiste — à un détail près : la lecture des auteurs classiques. Forcément ça déteint un peu sur le petit garçon qui voit dans ces austères séjours à Majorque l'origine de sa vocation d'écrivain : il y travaille aujourd'hui encore dans un coin de côte isolé de presque toute agitation, non loin de l'antique Betlem disparue avec l'irruption de la modernité.

La « vie primitive méditerranéenne », qu'il menait durant ces étés bénis de l'enfance, n'excluait pas quelques visites. Des couples amis de ses parents venaient en visite. Par chance aussi pour le futur auteur, des invitées parlaient de littérature. Mais c'étaient surtout les vestiges de l'antique civilisation locale qui faisaient rêver le jeune garçon et les aigles qu'il voyait tourner aux dessus des rochers et des pins l'incitaient à rêver du mont Olympe. « Je pensais aux histoires que j'avais lues dans le livre de mythologie de mon grand-père : à Jason, Eurydice, Hector ou Bellérophon… »

Un livre à la fois accessible et solaire !

José Carlos LLOP. Solstice. Traduit par Edmond Raillard. Jacqueline Chambon / Actes Sud. 2016, 124 pages.


 

Tag(s) : #LITTERATURE ESPAGNOLE, #BALEARES