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Tout commence dans un bar avec une soirée bien arrosée où un client exhibe ostensiblement ses billets au moment de payer la tournée. Voilà, se dit notre héros — un antihéros plutôt — voilà bien un pigeon à plumer ! Comme sa compagne Karine l'a menacé de lui fermer sa porte s'il ose rentrer sans argent, notre homme fonce dans l'aventure et suit le buveur imprudent. Bientôt, notre homme met la main sur un copieux butin. Patatras... Dans ce rôle épatant d'arroseur arrosé, le narrateur, petit truand qui évite de donner son nom, tombe bien vite de haut : il se retrouve otage de Jacques Cageot-Dinguet, héritier d'une fortune de l'industrie et fils d'une présentatrice télé. Ainsi ce polar est-il largement un huis-clos, puisque le voleur devenu otage ne peut s'échapper de la maison bourgeoise où il a dû, pour survivre, enterrer un cadavre à la cave. On l'apprend peu à peu, Jacques Cageot-Dinguet est à la fois un serial killer et un talentueux manipulateur. On n'en dira pas davantage de l'intrigue, sinon que l'otage retrouvera la liberté et sa Karine chérie, mais qu'il aura perdu toutes ses illusions.

 

Bartelt joue admirablement avec ses personnages, et particulièrement leur langage, sans oublier de montrer leur face cachée et leur roublardise. L'opposition à répétition entre le discours du bourgeois et la jactance du prolo constitue l'une des forces hilarantes de ce roman. Il arrive ainsi que les deux hommes fassent assaut de bonne éducation. Le prolo se pique de poésie amoureuse et déclame ses alexandrins, — « Ah, je ferme les yeux et je revois ton cul ! / Être aveugle sera désormais mon seul but ! » — tandis que le bourgeois en rajoute sur son triomphe dans l'art télévisuel du téléachat. La télévision est d'ailleurs bien égratignée au passage.

Quant au bossu du titre, c'est le voisin d'en face. Un peu sourd, et trop occupé à bricoler des Solex volés, il reste insensible aux signes que l'otage lui adresse derrière sa fenêtre condamnée. Il sera pourtant le dernier à avoir vu Cageot-Dinguet vivant. Ainsi va le monde de l'écrivain ardennais, avec ses tricheurs, des pitres et ses grandes gueules attachantes.

Franz Bartelt. Le jardin du bossu. Gallimard, 2004, 235 pages.

 

 

 

 

 

 
Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE