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Contrairement à ce que son nom laisse penser, le Facultatif Bar est le lieu central de cette histoire où l'invraisemblable s'ajoute au louche et au répugnant. Si on ne s'arrête pas à ces noirceurs, c'est qu'on a en soi un sacré sens de l'humour et qu'on est prêt à accepter toutes les turpitudes hilarantes des romans de Franz Bartelt, accompagnées d'assez d'imparfaits du subjonctif pour la bienséance.
D'abord, c'est une galerie de portraits, puisque tous les personnages passent par ce troquet prospère qui est en plus un bordel de bas étage tenu par Ginette une ancienne prostituée. Les clients du Facultatif Bar y descendent force bière : c'est à concurrencer l'Oktoberfest ! Parmi eux se rencontrent un voleur de supermarché qui n'a rien volé, un inspecteur de police assassin de nuit, son épouse qui rêve de faire pleurer des amants de rencontre, un boucher plus que vicieux qui trompe ses clients, deux anges déchus pour cause de surpopulation du ciel, et un localier grand casseur de réputations.
Ce dernier c'est Jéronimo, avec un J comme journaliste. « En trente ans de carrière, il avait démoli plus de réputations que la route n'avait fait de victimes. Il avait reçu des menaces de mort, il s'était fait rosser deux ou trois fois, on avait mis le feu à l'appartement qu'il louait. Maintenant par précaution, il circulait constamment, changeant d'hôtel chaque soir ». Aussi installe-t-il son bureau itinérant dans sa voiture.
Quand Félicien Querque a été mis à la porte du commissariat sur ordre de l'inspecteur Granier et jeté sur le trottoir, ne cherchez pas, c'est Jéronimo qui l'a recueilli à bord de son auto. Sacré Querque, lui le faux voleur du supermarché qui voudrait tant se retrouver en cellule avec trois autres types pour jouer à la belote et ne plus se tracasser dans la vie ! Jéronimo saura concocter un bel article dans la presse locale pour que la confession publique de ses crimes puisse faire changer d'avis l'inspecteur Granier... Mais avant de retrouver Félicien Querque en prison, que d'abominations n'allons-nous pas découvrir dans cette ville... ! Et attention aux tueurs à gages du conseil général.
Voilà : c'est un roman noir, très noir, avec ce qu'il faut de sang et de perversions — que je ne citerai pas — pour entrer brillamment dans la catégorie. Pour lecteurs avertis.
Franz Bartelt. Facultatif Bar. D'un noir si bleu, éditeur. 2012, 260 pages.
Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE