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Deux nouvelles nous permettent de découvrir la vie de gardes forestiers russes dans une vaste réserve naturelle en République de l'Altaï près de la frontière mongole, dans un environnement de taïga et de montagne.
Dans le premier texte, le narrateur, qui n'est autre que l'un de ces gardes forestiers, a fui Moscou laissant sa fille et son ex-femme pour revenir vivre ce métier dur et au contact de la nature sibérienne. Avec son collègue, il doit rejoindre à cheval une petite isba éloignée et surtout tuer du gibier. Ils ne seront pas seuls : « Je viens avec vous » dit Altynaï, la jeune femme qui donne son nom à la nouvelle ; elle est allée rejoindre le jeune Russe dans l'espoir qu'il la prenne pour époux. Elle n'est pas la première à tenter sa chance. Mais le narrateur n'est pas venu pour fonder une autre famille, plutôt pour se mesurer librement à la nature et méditer seul l'œuvre de Carlos Castaneda — comme Sylvain Tesson, embarquant Nietzsche pour vivre au bord du Baïkal.
Dans Dire au revoir, pas de narrateur, mais davantage de personnages. Une grand-mère et sa petite-fille, Tania et Lialia, arrivent de Moscou via Gorno-Altaïsk, pour passer deux mois de vacances auprès d'Andreï, respectivement son fils et son père. La route a été dure ; après des jours de voyage elles ont fini à cheval, elles qui n'avaient jamais fait d'équitation. Cette expédition en Sibérie rappelle à Tania le triste sort des décabristes (ou décembristes) exilés, grands héros romantiques du passé russe, et des femmes qui les accompagnèrent comme Pauline Gueble dont l'histoire émeut la petite Lialia. Au milieu de la réserve naturelle, la ville est un autre monde, que Tania regrette un peu, comme aussi sa bibliothèque, mais elle est venue voir comment vit son fils. Et « Andreï, apparemment, ne buvait plus » et Tania s'en félicite, elle qui sans doute ne reviendra jamais voir ce fils qui se plait loin de toute cité, au milieu d'arbres d'essences variées, de bêtes sauvages, de tiques et de moustiques.
La vie frugale contre la vie sophistiquée des métropoles, c'est un thème fort, propre aux auteurs qui vantent une certaine authenticité et la simplicité où l'on s'éclaire à la lampe à pétrole. Aux forestiers, la sociabilité urbaine avec laquelle ils ont rompu ne paraît pas manquer.
« Ils se comportaient tous comme si tout était normal, comme s'il devait en être ainsi. Ils étaient partis à la chasse, avaient couru après un incendie avec des seaux, participé à la fenaison, s'étaient soulés jusqu'à être ivre morts et avaient manqué de s'entretuer... La vie suivait son cours ».
Ces deux nouvelles s'apparient parfaitement par leurs personnages, leurs chevaux, et leur cadre naturel riche d'une saveur de wilderness comme on dit dans la littérature américaine. Là-bas, en plein cœur de l'Asie, survit une ancienne culture, celle des rares habitants originaires de l'Altaï, qui reste étrangère à la plupart des Russes. C'est pour cette (dé)raison qu'Ilya Kotcherguine s'y est aventuré.
Ilya Kotcherguine. Altynaï. Nouvelles de l'Altaï. Traduit par Sarah Bourotte. Boréalia, 2016, 82 pages.
Tag(s) : #LITTERATURE RUSSE