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Si C. Alvarez « fait le buzz » sur les réseaux sociaux, dans les médias et sur France 2 c’est parce que cette ancienne institutrice a démontré par l’expérience qu’une autre manière d’enseigner en maternelle est possible. Son livre approfondit ce que son site présente (www.celinealvarez.org). En fait, elle popularise la méthode des écoles Montessori, confirmée par les découvertes des neurosciences. De 2011 à 2014 elle a choisi d’enseigner dans une école d’un quartier défavorisé de Gennevilliers à vingt-cinq enfants des trois sections. Tous ceux de grande section et 90% de moyenne section savaient lire et compter après deux années. De plus, les nombreux courriers de maîtres et de parents confirment l’efficience de la méthode. Néanmoins le Ministère de l’Education nationale a refusé de la valider. Comme toute démarche novatrice, elle offre des avantages et présente des limites.

Dans la plupart des maternelles traditionnelles on répartit les enfants pas niveaux. Le maître décide des activités de tous selon un découpage horaire contraignant. Il s’épuise à « tenir » sa classe et valide par notes et appréciations l’acquisition des compétences requises. Les élèves eux aussi s’épuisent ou s’ennuient, se comparent, angoissent ou abandonnent. La méthode Montessori substitue à ce schéma vertical du maître à l’élève une relation horizontale où l’adulte devient un guide qui facilite la progression de chaque enfant dans des activités qu’il a choisies seul et réalise à son rythme, sans aucune note ni jugement de valeur. C’est le principe clé de Montessori : « Aide-moi à faire tout seul ». Les différentes classes d’âge partagent le même espace ; les grands tutorent les petits, au bénéfice de tous. L’enfant n’apprend que s’il réalise  seul une activité qui lui plaît ; il explore d’autant mieux le monde s’il se sent libre. Le dirigisme excessif de l’adulte entrave le développement des câblages neuronaux quand l’autonomie favorise leur déploiement, à condition que l’environnement familial et scolaire soit riche, que les adultes parlent à l’enfant un langage élaboré au lexique varié. C. Alvarez insiste bien sur l’’importance des trois compétences exécutives acquises avant quatre ans : la mémoire de travail, la capacité de l’enfant à contrôler ses émotions comme à reconnaître et corriger ses « erreurs », non ses « fautes ». Cette méthode n’est pas un  total laisser faire : C. Alvarez faisait accepter règles et limites (pas taper, pas casser) par le dialogue : la négociation et non la punition. Les récentes découvertes de psychologie cognitive prouvent que le regard bienveillant, l’affection et la disponibilité font les enfants épanouis, équilibrés, portés à l’entraide et à l’empathie. Dans ces conditions l’école réduit en partie les inégalités.

Toutefois, cette expérimentation interroge : les élèves de C. Alvarez venaient de « familles chaleureuses, attentives, aimantes » qui « faisaient toujours preuve d’une grande disponibilité » pour aider leurs enfants. Quelle chance inouïe, surtout en quartier sensible !!
En outre la méthode Montessori exige du maître une grande disponibilité et beaucoup de maîtrise de soi : ce positionnement n’est pas spontané, une formation serait nécessaire malgré la bonne volonté des enseignants.
Enfin, C. Alvarez sollicite largement les parents ; or tous ne peuvent consacrer beaucoup de temps à leur enfant au quotidien, ni le laisser faire seul, surtout si la fratrie est nombreuse.
Céline Alvarez a le mérite de faire connaître des chemins différents, elle invite à casser nos préjugés sur le jeune enfant, offrant à chacun matière à réflexion. On peut  espérer que le prochain ministre de l’Education Nationale porte intérêt à son expérimentation qui a fait ses preuves. Montessori pour tous ???
Céline Alvarez. Les lois naturelles de l'enfant. Les Arènes, 2016, 454 pages.
 
Tag(s) : #EDUCATION, #ESSAIS, #FRANCE, #SOCIETE