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« J'ai eu quatre-vingt-deux ans le 11 septembre 2004 » annonce l'écrivain au milieu de cet ensemble de confessions, de souvenirs et de considérations morales et de traits visant George W Bush et sa politique. L'humour décalé et les plaisanteries douteuses peuvent ne pas faire recette !

C'est surtout la charge contre le président qui mentit pour attaquer l'Irak qui peut encore aujourd'hui emporter l'adhésion du lecteur français. D'abord George W Bush s'est emparé du pouvoir fédéral « par un coup d'Etat à la Mickey Mouse ». Puis il « s'est entouré de la crème des étudiants médiocres qui ne connaissent ni l'histoire ni la géographie » ainsi que de « psychopathes » avec comme résultats des guerres — « une espèce de show télévisé » — et l'effondrement de la réputation du pays, déjà mise à mal par l'expédition au Vietnam. Par opposition à W, le modèle du grand président serait Abraham Lincoln, non pas pour ce que vous croyez — l'abolition de l'esclavage — mais une diatribe contre son prédécesseur Polk qui attaqua le Mexique en 1848.

« J'étais écrivain en 1968 »... Descendant d'immigrés allemands, Vonnegut nous rappelle ce que représenta Abattoir 5 pour lui, le bombardement de Dresde auquel, prisonnier des nazis, il survécut par chance. Son écrivain préféré semble être Mark Twain entre autres raisons parce qu'il rédigeait à la machine à écrire et que lui, Vonnegut, peste contre les ordinateurs, les imprimantes et les mails, lui qui, il y peu de temps encore, allait poster ses tapuscrits pleins de fautes à l'intention d'une dactylo réparatrice. Mais il n'y a pas que l'informatique a avoir tout gâché.

Le rêve américain s'est transformé en cauchemar par addiction non pas aux substances illicites mais à la consommation de pétrole, « une défonce irrésistible » qui ne va pas tarder à produire le chaos. « Oui, et nous approchons à présent des dernières doses... Toutes les lumières vont s'éteindre. Plus d'électricité. » Le monde se remplira de « cadavres de machines »... Suit tout un chapitre pour évoquer les premières Saab générant au démarrage « un écran de fumée digne d'un destroyer pendant un combat naval ». C'était au temps où Vonnegut était concessionnaire Saab dans le Massachusetts... « J'en suis venu à dire du mal des ingénieurs suédois et c'est comme ça que je me suis fait carotter le prix Nobel ».

Derniers conseils de Vonnegut : chassez le point-virgule, lisez des livres, et « lisez le journal tous les matins ». Du moins celui qu'on imprime encore sur du papier...

• Kurt Vonnegut. Un homme sans patrie. Denoël, 2006, 133 pages.

Tag(s) : #LITTERATURE ETATS-UNIS