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Voici un roman à double face avec pourtant un seul narrateur, ce qui montre assez, il me semble, la richesse de l'intrigue. Deux romanciers, le célèbre Kloster, et le narrateur à la carrière moins prestigieuse, ont eu recours à la jeune Liliana comme secrétaire. Tout s'était bien passé avec le narrateur, mais pas avec Kloster : Liliana l'a accusé de harcèlement, lui a intenté un procès et Kloster l'a dédommagée. Mais les choses n'en resteront pas là.

Est-ce l'effet du hasard et de coïncidences déconcertantes, toujours est-il qu'après cette plainte pour harcèlement la vie de Luciana B. devient un cauchemar et tout lui paraît résulter de projets diaboliques ourdis par son ancien employeur qui chercherait à se venger sur elle de son divorce et de la perte de sa fille.

L'histoire commence quand le narrateur reçoit la visite de Luciana dix ans après qu'il l'a recrutée pour lui dicter un roman. Le jolie fille qu'elle était est devenue méconnaissable. Surtout, ses propos dramatiques intriguent assez le narrateur pour qu'il rencontre Kloster pour tenter de mieux comprendre ce qu'il s'est réellement passé entre l'écrivain et sa secrétaire.

Il faut dire que Luciana a vu périr en mer son fiancé pourtant maître-nageur, puis ses parents intoxiqués par des champignons vénéneux, puis son frère médecin sauvagement assassiné par un repris de justice, avant que sa tante ne périsse dans l'incendie de sa maison de retraite... Luciana craint maintenant pour sa petite sœur et pour sa propre vie. Tant de drames pour une combinaison malencontreuse de hasards ou pour une vengeance biblique, « un châtiment sept fois plus grand » comme le dit un passage de la Bible relatif au meurtre de Caïn ?

Les deux romanciers échangent évidemment leurs avis sur l'écriture. Le roman que Kloster dictait dix ans auparavant à Liliana est resté inachevé. Il se sentait poussé par une force étrange et comme inhumaine. À force de fréquenter le cimetière où repose sa fille, l'athée Kloster en serait-il arrivé à croire qu'une puissance supérieure lui dictait une histoire maléfique capable de donner réalité à une fiction tragique ? Ou bien veut-il seulement enfumer l'esprit pointilleux de son collègue ?

Sans dévoiler la fin — mais le titre est explicite — je dirai seulement que Valentina et Kloster ont rendez-vous...

• Guillermo Martinez. La mort lente de Luciana B. - Traduit par Eduardo Jiménez. Pavillons poche, Robert Laffont, 2010, 256 pages. (Titre original : La muerte lenta de Luciana B.) — Faut-il préciser que l'illustration de l'édition de poche n'a rien à voir avec le contenu ?

Tag(s) : #LITTERATURE ESPAGNOLE, #ARGENTINE